|
L'hiver, je fouille les vases avec des avocettes, Des mouettes rieuses, des hérons, des aigrettes. Je mange des animaux que la marée découvre Et vais me reposer quand la mer les recouvre. Bien sûr, je sais nager, mais j'hésite à le faire. J'aime mieux dandiner d'une allure de notaire Ou bien de sénateur… - Quoique ce goéland Sur la rivière d'Etel, il en vient rarement ! - J'aime les vases qui me nourrissent à l'année, Les dunes de sable où j'occupe des terriers. Dès que le printemps vient, j'y vais pondre des œufs Qui me donnent des petits qui veulent qu'on s'occupe d'eux. Mais, ça nous prend du temps et comme on n'en a guère, Dès qu'on peut, on les mène jusqu'au bord de la mer. On traverse des baies, se cache dans des étiers… S'occuper des enfants, c'est vraiment un métier. Quand ils seront en mer, ils iront à l'école Avec d autres poussins qui auront tous les âges. Des adultes choisis, dûment parmi les sages, Leur diront des histoires sous forme de paraboles, Leur apprendront les algues et la zoologie, L'éducation sexuelle et la philosophie. Il en faut, voyez-vous, pour bien garder raison, Tant ils deviendront beaux à la froide saison. Quand pousseront leurs plumes, les nôtres tomberont, Car comme tous les canards, il nous faut un costume De plumes toutes neuves… Et pour pas qu'on s'enrhume, On disparaît un temps. D'aucuns même s'en vont, Gagnent la mer du Nord ou bien plus loin encore. Mais ils reviendront tous, sauf bien sûr, s'ils sont morts.
|