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Le pic syriaque (Dendrocopos syriacus)


Il s'en fallut de peu. Vous passiez sans me voir
Sur les bords du Danube, qui n'est ni beau, ni bleu,
Mais gris, sale et puant, avec des plaques noires
Qui s'irisent parfois et reflètent les cieux.

Je regarde les péniches qui passent sous les ponts
Du haut de mes grands arbres aux écorces qui pèlent.
Des fumées délétères nous brûlent les poumons
Et on ne compte plus les cas d'érysipèles
Qui frappent les enfants ou l'hydrocéphalie
Qui remplit l'hôpital et les orphelinats
Où l'on manque de tout, où l'on meure de froid,
De faim, de maladies, où guette la folie…
La folie meurtrière qui déferle déjà…
Mais je m'en fiche, ça ne me regarde pas.
Moi, j'ai ma vie d'oiseau, alors tous vos tracas
Me laissent indifférent. À chacun ses cacas.

Moi, j'ai une conquête. Je vise toute l'Europe.
Á l'instar du pic noir, de la tourterelle turque,
Je m'expanse vers le nord et après je bifurque
Vers l'ouest jusqu'à Brest à moins qu'on ne me stoppe.

Mais qui pourrait le faire, sauf mon cousin l'épeiche
Á qui je piquerai la niche, j'en ai les us
Et les coutumes aussi, le caractère revêche,
La couleur et la taille, en un mot l'habitus.
Ou c'est moi qui m'arrête, j'en suis capable, sans doute,
Et laisse vos savants perplexes, dans le doute,
Incapables d'expliquer pourquoi mon expansion…
Comme ils sont sans remède devant les pollutions.

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