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La souris domestique (Mus musculus)



Je ne saurais vous dire comment on pouvait faire
Pour nous retrouver, là, dans la vieille lessiveuse,
Remplie d'orge ou d'avoine, pour les poules pondeuses.

Pas question que celles-ci soient nourries au Sanders !

D'autant que le couvercle était posé dessus !

Alors, quand il s'ouvrait, nous sautions en criant,
Comme prises de panique et filions dans l'instant
Nous cacher dans des trous sous des planches moussues.

« Je n'aime pas les souris, s'écriait votre mère !
Ça laisse des crottes partout et ça pue comme l'enfer.
Elles rongent mes journaux et rongeraient le fer,
La fonte ou bien le verre, si peu qu'on les laisse faire
. »

Elle grondait ses matous et posait des tapettes,
Des pièges à ressort dans lesquels on s'étrangle.
Elle en mettait partout, dans les coins, dans les angles…
Et malgré tout cela, le soir, c'était la fête !

La lampe à peine éteinte, c'était la sarabande.
On sortait de partout, seules ou bien en bande.
Chaque matin, pourtant, il manquait à l'appel
Plusieurs d'entre nous, victimes des pièges mortels.

Les chats nous tuaient aussi, mais ne nous mangeaient pas.
Ils nous rangeaient par terre comme un tableau de chasse.
Au matin, ils miaulaient jusqu'à ce que l'on fasse
Le compte des victimes. Il y avait même des rats.

Le furet putoisé nous déclara la guerre.
La pire fut menée par les poules nègresoies.
C'étaient des poules naines qui vous servaient, je crois
À couver des perdrix qui n'avaient plus leur mère.

Ces poules étaient habiles. D'un seul coup de leur bec
Sur le haut de la tête, on allait ad patres.
Et puis elles s'acharnaient et sans salamalecs,
Il ne restait de nous que la peau sur les fesses.

Puis, un jour, apparurent les grains empoisonnés.
En à peine huit jours, nous fûmes exterminées.
Nos dizaines de cadavres étaient tout desséchés.
Il fallut une année pour tous les retrouver.

De temps en temps, pourtant, nous tentons l'aventure
Et revenons hanter la maison et ses murs.
Les chats ont bien vieilli, le furet décédé.
On trouve encore ces grains en vente sur le marché.

Qu'une crotte trahisse ou un papier rongé
Et c'est le génocide aussitôt assuré.

Or, si je vis dehors comme une bête sauvage,
Vous me laissez vieillir jusqu'à mon dernier âge…

Donc, si je comprends bien, quand je suis commensal,
Je suis indésirable. Et si je suis sauvage,
Je suis bien tolérée. N'est-ce pas paradoxal ?

Si j'étais toute blanche, devrais-je vivre en cage ?

*