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La bécassine sourde (Limnocryptes minimus)


Quand vous étiez enfant, je fus de ces oiseaux
Que vous aimiez chercher tout au long des ruisseaux.
Sans votre chienne, son nez, m'auriez-vous aperçue
Sur le fond des fossés, marchant, toute bossue ;
Ou sur le bord des flaques, entre les touffes de joncs
Qui couvraient, de leur mieux, une prairie humide
Coincée entre Vaucelles, les bas-fonds de Grignon
Et l'étang où des perles naissaient dans des dorides ?

Plus tard, beaucoup plus tard, quand vous fûtes barbu,
Vous vîntes me retrouver sur mes toundras moussues.
Vous auriez, c'est sûr, aimé entendre ce chant
Qui me sert de parade, que je pousse en volant.
Vous ne l'entendrez point. Vous arrivez trop tard.
Et si vous me levâtes, c'est vraiment par hasard,
En cueillant une mûre qui ne le fut jamais,
Tellement acidulée, vous l'avez recrachée !

Á peine décollée, je suis réatterrie.
Sur l'instant invisible, soigneusement cachée
Et je le resterai, malgré tous vos souhaits
Et même bien après que vous soyez parti.

Venez tenter la chance, en hiver, au marais,
Quand les eaux sont glacées, quand la terre est gelée,
Sur des mouilles de vases, vous pourrez me surprendre
Immobile, accroupie, sans rien à vous apprendre…
Sauf à vous persuader que c'est mon habitude,
Á moins que le contraire… Sitôt le dos tourné…
Rapide et empressée… Cruelle incertitude !…

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