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Le canard souchet (Anas clypeata)



Au pied des Coëvrons s'étale mon étang,
Ses ceintures de roseaux, ses carex pendulant,
Ses potamots nageant et ses châtaignes d'eau,
Ses nappes de brouillards qui se dissipent tôt.

Le silence est absent quand on prête attention
Aux vagues qui clapotent, au murmure des roseaux
Ou des feuilles dans les arbres où chantent des pouillots,
Au chevreuil qui prend d'infinies précautions,
Sur un tapis de feuilles complètement trempées,
Qui s'accumulent, acides, sans se décomposer
Sur l'humus tourbeux de la forêt inondée,
Dans lequel, sûrement, il pourrait s'embourber.

De gros rats aquatiques affairés et pressés,
Poussent fort, devant eux, des pousses végétales
Soigneusement coupées et qu'ils vont entasser
Sur des huttes émergées et domicoïdales.

Je suis là devant vous, bien trop près à mon goût,
À filtrer toute l'eau pour la rendre potable.
Je retire du bec dont je trempe le bout
Tout le plancton possible quand il est consommable.

Vous l'aurez remarqué, mon bec est remarquable,
Long et large à la fois, richement innervé,
Avec de fines lamelles au toucher admirable,
Il prolonge mon corps, d'une rare beauté
Aux couleurs du tadorne, autrement réparties.
Royal, en quelque sorte, sans fausse modestie.
Je rejoindrai ma belle qui couve ses œufs au nid
Caché parmi les joncs, quand vous serez parti.

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