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La sterne naine (Sterna albifrons)


Cette année, j'ai choisi une plage de galets,
De sables mélangés, au milieu de ce fleuve
Pour y entreposer une ponte toute neuve
Dans une dépression qui vaut tous les palais.

Á quoi servirait-il que je construise un nid ?

Sauf à vouloir péter plus haut que j'ai le cul !
Puisque aussitôt qu'il pleut, la rivière fait sa crue
Embâclant ce qui traîne au milieu de son lit.

Je profite de l'été pour déposer mes œufs,
Car les eaux restent basses et découvrent des bancs
Sur les galets desquels ils se cachent bien mieux,
Que ne le font, sans doute, dans les herbes, les faons.

Á vrai dire, je l'avoue, mais ces animaux-là,
Je ne les connais guère. Ils habitent la forêt,
Un écosystème que je ne fréquente pas.
Mais je connais les nymphes qui viennent se baigner

Il arrive, quelquefois, qu'il pleuve davantage,
Certaines années trop et que tous mes œufs nagent.

Alors il me faudra en pondre de nouveaux
Et faire plus attention aux alertes météos.

Cela dit, bien heureux, ça n'arrive pas souvent
Et quand cela arrive, je n'appelle pas l'expert
Des mutuelles d'assurances. Faudrait des PPR,
Des CatNat, aux oiseaux qui perdent leurs enfants.

Les hommes font des digues et modifient les POS.
Ils récupèrent ainsi les zones inondables
Qui servent aux oiseaux :

__________________Mais c'est intolérable !
Tant de pognon perdu pour quelques albatros !…
Quant au mètre carré, une fois viabilisés,
Des terrains comme ceux-là vaudraient quelques millions
De plus que des hommes de paille auront payé
Á quelques paysans avant leur expulsion.
Et si l'on s'y prend bien avec les politiques,
Qui s'entendent comme personne en conseils judicieux
Et sauront parfaitement, d'un discours explicite
Convaincre du besoin d'un projet dispendieux. -

Je ne sais pas comment… mais les salaires virtuels
Ou les emplois fictifs pour des rapports bidons
Qu'on lit dessous les tables doivent avoir du bon,
Si j'en juge par le nombre d'affaires qu'on vous révèle ;
D'innocents présumés qui disent qu'on les harcèle,
Mais qui dansent la guigue ou bien la ribambelle,
Qui se tiennent par la main ou bien par les dossiers,
Les comptes numérotés en Suisse…

Top secret.

Comme doit l'être l'instruction qui immanquablement
Aboutit au non-lieu, au vice de procédure…
Ils retrouvent le poste qui convient à leur rang
Et vos jeunes vous font peur quand ils frôlent vos voitures !

Donc, on construit la digue laquelle peut justifier,
Sur les terrains conquis, les belles constructions
Puisqu'elles sont protégées de toutes inondations…
Sauf de celle du siècle, qui pourra tout noyer.

La probabilité d'une crue séculaire
Est d'une tous les cent ans et laisse tout le temps
De trois réélections à un sénateur maire.
Mais les temps ont changé et les crues, maintenant,
Deviennent séculaires tous les deux ou trois ans.
Elles débordent les digues et tuent même les enfants,
Au terme de longues nuits qu'ils passent dans les bras
De leurs pères dans un arbre et succombent au froid.

Nous, le peuple des nains, fussions-nous des oiseaux,
Avons toujours pensé que c'était la raison
Aux humains, à coup sûr, qui leur faisait défaut.
Et pour faire fortune à n'importe quel prix,
La tête leur tourne vite.

_______________Tentez cette expérience :
Jetez donc une pièce dans l'herbe du gazon,
Prenez soin qu'elle ne fasse en tombant aucun bruit.
Aussitôt un aveugle, sans mauvaise conscience,
Prétendra sur-le-champ qu'elle vient de son gousset.
Elle ne s'y trouve plus…vous pouvez vérifier.

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