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La sitelle de Krüper (Sitta krueperi)


Les pins sont en drapeau. C'est à cause de l'air
Qui vente de très loin et souffle toujours fort
Des déserts de l'Asie, qui entourent une mer
Qu'on appelle Caspienne, jusqu'à ces contreforts.

Un faucon sacre s'envole. Il a la tête claire.
Vous n'en verrez pas plus, car il disparaîtra
Englouti dans le ciel qui vous aveuglera
Et mouillera de larmes le bord de vos paupières.

Des vautours inconnus tournent dans le lointain.
Une buse féroce, depuis un monticule,
Guette quelque souris, quelque proie ridicule.
Elle vous voit approcher et s'envole soudain.

C'est sûr, vous êtes maudit. Tous les oiseaux s'enfuient,
Se montrent de trop loin ou de manière fugace.
Il fait vraiment trop chaud et la sueur vous agace.

Même à l'ombre, la mort vous guette et vous sourit.

Si vous leviez la tête au lieu de nous la faire,
Si vous nous écoutiez et pas votre rancœur,
Vous nous verriez sûrement occupée à défaire
Des cônes tout remplis de graines mûres à cœur.

On pourrait vous sauver cette journée gâchée.
Il faudra qu'une de nous pousse la curiosité
Á descendre sur le tronc où vous êtes appuyé
Pour qu'enfin vous daignez tout de même regarder,
Observer, admirer notre manière de faire
Quand nous décortiquons tous ces cônes de pins
Dans lesquels se cachent des graines vivrières
Qui nous donnent des forces et calment notre faim.

Vous pourriez aussi voir notre bavette rousse
Qui tranche fortement sur notre ventre gris,
Notre gorge très blanche, notre large sourcil
Et nos allures vives.
______________Pour un rien, on courrouce.
Mais à nous agiter, devenons étourdies,
Sinon à l'évidence nous aurions constaté
Que depuis un moment, vers nous, aviez braqué
Des jumelles puissantes qui nous renvoient grossies.

Il nous faut partir. C'est affaire de survie
Des oiseaux dits sauvages… de rester bien discrets,
De protéger au mieux beaucoup de leurs secrets.
Si ça ne vous plaît pas…

______________Tant pis, tant pis, tant pis !
Sur ce cri, je vous quitte…

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