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Le sirli de Dupont (Chersophilus duponti)


Je me suis installée tout près de Saragosse
Pour élever mes gosses qui resteront cachés,
Comme j'aurais dû le faire, mais vous m'avez surprise
Quand j'allais faire la prise d'un hexapodoptère.
C'est une sorte d'insecte dont je ne sais le nom,
Que d'aucuns trouvent infect, ignorant son renom.
Il sort souvent le jour sur le sable où il court
Comme moi, aussi vite.

C'est alors que j'imite le bip-bip des routes
Qui, seulement, redoute que Chuck Jones surprenne
Et le coyote le prenne.

Sinon, je ne sors guère, ne parcours ce désert
Que lorsqu'il fait plus frais ou à la nuit tombée.
Je fais comme les scorpions, les araignées velues,
Les punaises qui puent, les chrysomèles qui sont
Á l'abri sous les pierres, au-dessous des buissons,
Bien à l'abri de l'air brûlant comme un tison.

Ils pullulent le soir.
Ils circulent sans bruit pendant toute la nuit.
Je les cueille dans le noir.

Vous aurez remarqué combien le désert gagne
Cette région d'Espagne qui, d'années en années,
Est davantage sèche.
Même les armoises reculent devant la sécheresse.
Seules les tarentules, au fond de leurs terriers,
Vivent encore au frais.
No agua, no árbol… No árbol, no agua…
Dans le país seco, pour arrêter les nues,
Il faudra un peu plus qu'un crâne de bourricot
Ou bien les cris ténus des morts de cette guerre
Qui fut si meurtrière, dont on ne parle plus.

Quelques traces subsistent, à peine effacées
Sur la terre brûlée… invisibles aux touristes
Qui cuisent sur les plages, gras et roses et teutons,
Découvrant un téton…
Par ces temps, est-ce sage ?

Franco respire encore, même s'il est déjà mort.

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