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La simulie des tourbières (Culicoides pulicaris)



Je comprends volontiers la haine qui vous habite.
Je gâche assidûment, à chaque fois vos visites,
Vos tournées en forêt, vos affûts préparés,
Souvent soigneusement, qu'il faut abandonner
Et vite, vous replier, abandonnant les cerfs,
Avant qu'on vous dévore, nous, les nématocères.

Je suis tellement menue que vous ne voyez pas
Nos essaims qui se lèvent des mousses où l'on vous guette.
Je mords insidieusement juste sous la casquette,
La peau de votre front. La première fois, ça va...

Mais, petit à petit, plus ça va, plus ça gratte.
Et plus vous vous grattez et plus ça nous excite.
Et plus ça nous excite et plus ça vous agite.
Et vous gesticulez comme sorcière au sabbat.

Votre père nous appelait le guibaud des orages
Et prétendait que nous n'aimions pas la fumée

Celle du gris qu'il fumait le faisait plus tousser
Qu'elle ne nous éloignait. Mais comme il était sage,
Il s'enfuyait aussi, nous laissant libre champ,
Mais non sans jurer de verser tout notre sang.

Sur une tourbière lapone, nous faillîmes vous tuer.
Nous formions un nuage d'un milliard de milliers.
Nous avions investi chaque centimètre de peau,
Malgré vos répellents et votre moustiquaire.
Vous deveniez comme fou, car un tel scénario
Dépassait en horreur même l'imaginaire.
Nous sortions de partout. Vous auriez pu courir.
Partout où vous iriez, nous vous rattraperions.
La fièvre vous gagnait. Nous vous ferions mourir.
Et vos os blanchis nourriraient les gloutons.

C'est alors que vous prîtes le temps de vous enduire
De la boue du marais, comme font les éléphants…
Et comme on s'engluait, vous éclatâtes de rire.
Nous vous avions rendu précocement dément !

Vous eûtes de la fièvre pendant trois jours durant,
Des vertiges, des cauchemars, qui vous privèrent d'oiseaux,
Des bêtes de la toundra… En partiriez bientôt.
Je comprends que la haine vous habite maintenant.

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