®
Séropositivons !


Au pays des Savanes, les lions et les gazelles
Souffraient de mille maux pire que les écrouelles.
Les moustiques, les mouches et les trypanosomes,
Les filaires, l'amaril ou bien les plasmodiums
Leur collaient des boutons, des croûtes et des symptômes
Que l'on reconnaissait comme autant de prodromes.

Mais le pire leur viendrait du pays des Pâtures
Par le biais des moutons qui se font des piqûres
Avec des seringues sales, toutes contaminées
Par des germes mortels qui vont les achever
Et par le biais aussi des moutons mâles qui baisent
Des béliers et des boucs et que ça rend benaises.

Quelle qu'en soit la raison, quelle qu'en soit la manière,
Cette maladie-là franchit toutes les frontières
Et se développa à vitesse grand V.
Les bêtes craignaient de séropositiver.
Ils leur fallait bien vite de bonnes thérapies
Qui leur offriraient quelques jours de répit.

Médecins et savants du pays des Pâtures
Se mirent à chercher aussitôt une cure
Pour soigner, pour guérir, simplement prolonger
La vie de celles ou ceux qui étaient condamnés
Sans le médicament qui ferait la fortune
Des labos qui recherchent la gloire et la pécune.

Le marché prometteur ne cessait de grandir
Pour diverses raisons même y compris les pires :
Des moutons infectés voulaient prendre plaisir
Sans même se protéger au moment de saillir.
Le mal progressait donc. Personne ne pouvait dire
Ce qu'il en serait dans un très proche avenir.

Le drame pour les peuples du pays des Savanes,
C'est qu'ils étaient très pauvres. Si fait qu'une tisane
Pour leur calmer la toux coûtait déjà trop cher.
Aux Pâtures, les affaires sont les affaires :
Pas question de remèdes, sauf si des numéraires
Viennent grossir les bas de laine des actionnaires.

Il existait pourtant des produits génériques
Tout aussi efficaces et valant moins de fric.
Mais les laboratoires des Pâtures avaient fait
En sorte que ce soit la version brevetée
Qui soit la seule possible qui soit distribuée.
Les malades aux Savanes pouvaient donc bien crever.

Limande*, quand elle était Ministre du commerce,
Se souvint de son job de lobby qui exerce
Des pressions pour avoir le beurre et le beurrier
Auprès des élus qui sont vite résignés
À voter tous les textes qui iront dans le sens
Qu'on leur dira qu'il faut pour qu'ils gardent l'aisance.

Limande qui conseillait l'industrie des remèdes ;
Pesa de tout son poids, sans aucun intermède,
De la queue, des nageoires, auprès des politiques
Afin que les Savanes n'aient point les génériques.
" Aux Pâtures, dit-elle, on taxe les billets
D'avion quand on voyage. Faudra s'en contenter !
"

Aux Savanes, pour sûr, ce serait l'hécatombe.
Mais les déserts sont vastes pour y creuser des tombes.
Les lions et les gazelles qui baisent déjà trop
(C'est ce qu'on avançait pour expliquer leurs maux)
S'ils décèdent en masse, faut-il qu'on s'en alarme
Ou pire, faudra-t-il qu'on s'arrache une larme ?

10 février 2008 / «® / ©»



* Limande est née l'Allouette et aurait pu faire l'économie d'être ministre.