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La ségestrie florentine (Segestria florentina)



Il est, aux beaux parleurs, de ces mésaventures
Dont ils se gardent bien de vous les raconter…

J'étais jeune à l'époque et dans mon trou de mur,
J'attendais patiemment que la nuit fût tombée
Pour en sortir la tête et longuement guetter
Un insecte passant et vite poignardé.

Or j'entendis le maître expliquer aux enfants
Que je mordais les doigts pour peu qu'on m'y incite,
Ce qui est faux bien sûr, quand bien même on insiste.

On peut mal me connaître et passer pour savant
Auprès des écoliers qui croient ce qu'on leur dit
Choses vraies, il vaut mieux, mais aussi inepties.

S'armant d'une paille fine, l'érudit de salon
Voulut me faire sortir à l'instar du grillon.

Mais au fond de mon trou, je suis inexpugnable.
Je mordis tant et fort la brindille de foin
Que son tube fut rempli bientôt de mon venin
Qui, dès lors, manquerait pour m'en servir à table.

D'échecs répétés en faillites avérées,
Le savant retira sa paille, circonspect,
La porta à sa bouche où le venin s'écoule,
Lui fait dans l'instant la langue comme une boule,
Le prive sur-le-champ de son élocution,
D'azote et d'oxygène pour sa respiration.

Cette histoire sans morale n'a pas de conclusion.

Car sauf à consacrer à mon observation
Á peine un moment dès que la nuit hulotasse,
Titiller une soie de retrait que je tisse,
Suffit pour qu'en l'instant et vite, je sortisse,
Vous fasse sursauter et sitôt me ramasse.


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