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Le saumon de Varanger (Salmo varangeri)



Cela fait maintenant plus de huit mille années
Que je suis dans ce lac, totalement privé
Des belles migrations qui m'emmenaient en mer
Où je me faisais gras de crevettes prospères.

Car tout le bouclier qui supporte la Norvège,
Depuis la fonte des glaces, maintenant se soulève.
Je suis donc prisonnier et je suis resté nain
Avec un léger goût d'ombre ou bien de thym.

Vous prîtes deux des miens par un soir de disette.
Quinze jours sur ma presqu'île épuisaient vos réserves.
Je pris donc du plaisir à garnir votre assiette,
Pour que vous nous restiez, afin qu'on vous observe.

Ce sont les phalaropes, les bécasseaux variables
Qui m'en firent la demande. Ils voulaient tout comprendre
De la nature des hommes, de quoi ils sont capables,
Avant qu'ils ne migrassent, avant la fin septembre,
Car ils ne voulaient pas qu'on les prît pour pieds tendres,
Au piège ou par surprise et finir sur la table.

J'eus beau les mettre en garde. Ils vous faisaient confiance.
Ils venaient à vos pieds, à très courte distance.

Je leur dis les fusils, la chasse, les traditions :

__ N'en connaître qu'un ne dit pas qu'ils sont tous bons.
Je ne donne pas le bon Dieu sans confession
À ceux, quand ils ont faim, qui mangent des poissons !
__

Ils me trillèrent au nez. Vraiment, je vous reproche
Le très mauvais exemple qu'aux bêtes, vous donnez
Quand vous permettez que, de près, elles vous approchent,
Que vous profitez du fait qu'elles sont naïves,
Ingénues, innocentes, inexpérimentées,
Pour tout connaître des secrets les plus intimes
Des bêtes et si besoin, d'en faire vos victimes.

Sur ce, je vais gober des larves nouveau-nées.
Le courant les concentre tout au long de la rive.

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