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La sterne arctique (Sterna paradisea)


Mes ailes translucides, mes longs filets de queue
Me donnent assurément un aspect d'ange heureux.
Je sais qu'elle est facile. Faut que je justifie
Les raisons pour lesquelles, on me nomme paradis.

D'ailleurs, je vous invite à ne plus approcher
Du millier de petits, cachés dans les rochers.
Sinon, je vous attaque. Je vous pique sur la tête.
Je vous crève les yeux et pire encore peut-être.

Je regrette beaucoup que notre colonie,
Soit en plein sur la route que vous avez choisie,
Pour gagner tout là-bas, les collines élevées
Qui s'achèvent en falaises et la mer à leurs pieds.

Notre immense plateau est fait de toundra sèche,
De galets mélangés à des éricacées.
Il reste encore des fleurs d'anémone des glaciers,
Des cassiopes tétragones et des petites laîches.

Vous en ferez le tour. Ça ne sera pas long.
Sûrement, vous trouverez les petits tournepierres,
Leur papa, leur maman, qui se cachent dans les pierres,
Car ils craignent comme nous le passage du faucon.

Je ne comprends pas bien pourquoi vous êtes assis
Et restez contempler, nos petits sur leur nid.
Des plumes de duvet leur dépassent de partout.
Ils sont ébouriffés, moins effrayés que nous.

Ils attendent patiemment qu'on apporte un poisson.
Ce n'est pas ce qui manque dans l'océan tout proche.
Si l'on échappe aux labbes, on se pose, on s'approche
Sur nos petites pattes et puis nous attendons…

Que les petits s'approchent et saisissent la proie,
En travers dans le bec et vite l'ingurgite.
Quelques cris, je retourne. Des petits, j'en ai trois.
Et il faut qu'ils grandissent, car l'hiver viendra vite.

L'hiver, je n'en sais rien. Je ne vis qu'en été.
Je ferai migration en contrée antarctique.
J'irai parler de vous aux grands pélagodromes,
Aux manchots, aux fulmars et sur leurs vêlodromes,
Aux éléphants de mer qui accouchent leurs bébés.
Je leur raconterai, serai dithyrambique
Sur ce que vous fîtes sur notre île Dumet,
Pour notre colonie, tentant de la sauver.

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