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Des babas aux roms...


Virus* invita donc Spalax** à déjeuner
Dans un restaurant où il avait ses entrées.
Quelle ne fut leur surprise quand ils durent découvrir,
Que, dans des auges sales, on allait les servir.

Virus, très emporté, appela le patron,
L'agonit de gros mots et de vilains jurons,
Le pria d'expliquer quelles étaient les raisons
À ce manquement ou bien c'était la prison.

Comprenez, mon doux sire, ce sont les sans-papiers
Qui, s'ils ne les ont pas, ne veulent plus travailler.
Ils ne veulent plus laver les déchets et les chiures
Qui restent dans les auges des riches des Pâtures.

Ils ne veulent plus laver les chiottes où leurs derrières
Ont crotté et pissé ; Passer la serpillière
Sur leurs sabots crottés ou bien frotter les verres
Qui les ont enivrés toute la nuit entière.

Ils ne veulent plus rentrer au petit jour blafard
Dans un taudis infâme plus petit qu'un placard
Par le métro bondé où les chiens policiers
Les harcèlent et les mordent, réclament leurs papiers.

Et comme ils n'en ont pas, promptement menottés,
Ils sont jetés à terre, sournoisement griffés,
Matraqués et traînés jusqu'au fond du blockhaus
Pour goûter du Taser dans leur cul-de-basse-fosse.

Pour ceux qui en réchappent, dix ans, quinze ans, vingt ans
C'est une vie d'esclave pour les plus méritants,
Plus souvent un déni par des maîtres sans scrupules
Qui ne les paient jamais que d'un coup de pied au cul.

Sans papiers, sans visage, sans corps et sans espoir,
Ce ne sont que des mains pour accomplir, au noir,
Les tâches dont ne veulent pas les moutons des Pâtures
Pour de bonnes raisons, de couleur, de culture…

Ramasser les poubelles ou cueillir les raisins,
Verser les pesticides ou monter des parpaings,
Respirer les fumées et les gaz délétères
Qui leur rongent les poumons et leur donnent le cancer,
Devant des fours qui brûlent des déchets organiques,
Pour fondre de l'alu pour l'aéronautique,
Laver les caniveaux où vont chier les chiens
Qui en ont bien le droit puisqu'ils sont citoyens…

Cela permet aussi de garder les salaires
Aussi bas que possible pour tous les prolétaires,
Qu'ils soient bœufs ou moutons, " Au moins qu'on les plafonne ! "
Comme l'appellent de leurs vœux, Limande*** et Chlordéconne4*.

Si c'est là le seul point positif de l'affaire,
Quand pointe, du bout du nez, la crise alimentaire,
La baisse des allocs, la hausse des carburants…
Les pauvres bientôt vous priveront de restaurant.

Voilà, mon beau Virus, les efforts de Spalax
Pour chasser les lionceaux, feront pire que l'anthrax.
Le peuple des Pâtures devra bien se résoudre
À nettoyer ses merdes s'il ne peut les dissoudre.

22 avril 2008 / «® / ©»



* Virus est l'actuel président des Pâtures.
** Spalax est le ministre des retours en avion et des Défénestrations.
*** Limande, née l'allouette, est ministre du Numérique et des Bijoux effacés.
4* Chlordéconne est la patronne des patrons qui orientent la politique en sous-main.