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J'observe depuis longtemps les sociétés humaines Et m'étonne fréquemment qu'on passe autant de temps Á tant les étudier, à chercher quels modèles Peuvent convenir le mieux pour apaiser les haines Qui agitent les hommes depuis la nuit des temps. D'aucuns pensent toujours à tirer profit d'elles. Ce sont les dictateurs prompts à verser le sang. D'autres ne voient jamais les hommes qu'en fourmi, Laborieux et soumis à la pensée unique. Quelques autres encore, disent démocratique… Juste le temps d'un vote, juste le temps d'un oui, Au programme qu'ils présentent et appliqueront quand, Le jour où aux oiseaux, leur pousseront des dents. Pourrais-je suggérer, en toute modestie Que vous regardiez nos modèles sociétaux, Qu'ils vous inspirent, éclairent sur nos évolutions Et fassent enfin que vous ne soyez plus brutaux. Vous pourriez observer quelle organisation Détermine les conduites qui règlent les soucis De la vie quotidienne, évitent les accidents, Préviennent les aléas des contraintes naturelles, En un mot comme en cent, font que la vie est belle. Á grégaire, je préfère le concept d'altruisme Qui convient quand même mieux à nos façons de faire Que vous avez pu voir quand nous chassons à terre, Avec d'autres espèces et ce, sans ostracisme… C'est notre tâche à nous, comme les vôtres, c'est l'usine, Le bureau et j'espère qu'elles vous rapportent assez Pour remplir vos frigos, vos buffets de cuisine De larves de tipules… Est-ce que vous en mangez ? Avez-vous remarqué comment nous avançons D'un pas bien mesuré et que nous arpentons Quelques pelouses grasses ou carrés de gazon En formation serrée comme quand Napoléon Rangeait tous ses soldats sur les champs de bataille. Aucune proie ne s'échappe et nous faisons ripaille. Et les plus attardés s'envolent un instant, Nous dépassent un peu et se posent devant. Une stratégie simple… Il faut que tout le monde Trouve vite son compte et déjeune à sa faim. Quand arrive le soir, c'est en troupe serrée Qu'on regagne nos dortoirs qui sont comme vos cités. Mais, sans embouteillage et cortège sans fin De véhicules puants comme bêtes immondes Où tout le monde s'engueule pour un non, pour un rien, Prêts à se ruer dessus, à se traiter de chien. Je vous dirai aussi ce qui est remarquable, Quand, par hasard on croise, un rapace ennemi Qui aurait l'intention de nous convier à table Non pas comme invité, mais plutôt comme salmis… Nous ne faisons plus qu'un en un vol serré. Je crois que les poissons appellent ça un banc. Alors, le prédateur profondément troublé, Infoutu de choisir la proie tourbillonnant, Sans cesse remplacée par une autre sur l'instant, S'en retourne dépité, va voler le milan ! Nous aurions des défauts ! S'il faut n'en citer qu'un ? C'est vrai, nous sommes bavards et crions en même temps, Ce qui a pour effet qu'aucun de nous ne comprend Ni bien ce qu'il raconte ou chante son voisin. Mais nous ne rêvons pas de conquête, d'expansion. Souvent les humains offrent, comme à notre intention Des ressources nouvelles et dont nous profitons. Il le faut pour survivre, car les mêmes souvent Ont asséché les prés qui bordaient les étangs, Nous privant à jamais des insectes gras à souhait Qu'il nous faut remplacer par des cerises sucrées. Et nous dormons en ville malgré la pollution Parce qu'ils coupèrent les joncs dans lesquels nous dormions. Nous avons même conquis l'Amérique toute entière, En partant de New York, en moins cinquante ans… Sans tuer les Indiens, ni sans verser leur sang. Il n'y a plus d'endroits où l'on manque sur la terre. Ça ne m'étonne guère, nous sommes éclectiques Et dotés d'un fameux potentiel génétique. Sans doute avons-nous dû occuper quelque niche Qu'aurait laissée vacante l'ancien propriétaire Après qu'il fût victime des phytosanitaires. En Amérique aussi, surtout compte l'artiche, Le quinzième amendement, que la blessent les Dieux… Nous faisons ses printemps un peu moins silencieux !
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