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Le sandre (Lucioperca lucioperca)



Je viens de Guerlédan où je fus introduit
Et de là, patiemment, à la faveur des crues,
En œuf ou alevin, le Blavet, je conquis,
En quelque trente années et pas une de plus.

Je le fis d'autant mieux que le remembrement
Avait tout arasé les talus et les haies.
Aussi dès qu'il pleuvait, les terres érodées
Se déversaient par tonnes par le moindre courant.

Mon ami le brochet, qui aime les eaux claires,
Me céda volontiers ses niches trop turbides.
Car, si lui chasse à l'œil, moi, je le fais au blair.
L'eau sale me gêne moins que le fait l'atrazide

Vous me preniez souvent en aval de l'écluse
Avec des poissons morts remorqués avec soin,
Me remettiez à l'eau au grand dam du gardien
Qui boite un petit peu et surtout qui écluse
Davantage de bouteilles que de bateaux, qui flottent.

Il ne comprenait pas que vous nous relâchiez,
Même si vous preniez soin de lui expliquer :
Que la pêche est un sport, c'est comme à la belote,
Qu'une équipe soit capot n'implique pas que sitôt,
Elle soit mise à mort ; qu'elle paye d'abord son coup
Et prépare sa revanche. Un poisson déjà gros
Grossira davantage. Un record est au bout !

C'était une idée neuve encore peu partagée
Du commun des pêcheurs…

__________________Elle a fait du chemin.

Pourtant j'ai peu d'espoir que ça aille bien loin.
La vie des bêtes, partout, est si peu respectée.

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