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Savez-vous la raison qui fait que l'on me voit Sur les plages et les côtes, partout autour du monde, Jusqu'au Cap, en Afrique, sur les îles de la Sonde, En Australopouasie ou en Patagonie ? C'est une longue histoire qui commence ainsi Que toutes les histoires, par il était une fois. Il était donc une fois, sur la planète terre... Bien avant que Lucie ne rencontre Robert Et qu'ils vous fassent à deux, l'Ève, la pomme et l'Adam… Chaque année, un congrès où tous les animaux, Réunis dans une arche, discutaient très longtemps Á propos de nature, pour corriger ses maux, Car elle est imparfaite… qui pourrait en douter ? Mais, comme elle est puissante, il faut s'y conformer. Ainsi pour assurer le meilleur équilibre Entre les proies dodues, leurs féroces prédateurs... Diverses commissions planchaient pendant des heures. Mais les bêtes criaient, puaient. C'était horrible ! Nous décidâmes toutes et d'un commun accord De laisser ce qui puait ou qui sonnait dehors. Les chiens abandonnèrent les trous qu'ils ont au cul, Les pluviers, leurs colliers. ________________Nous autres avions laissé Quelque chose, c'est sûr, qui devait déranger… Mais vous dire laquelle, on ne s'en souvient plus. Tous et toutes aurions dû retrouver en sortant Les objets bien rangés, mais il y eut du vent… Et tout fut mélangé. Ainsi, les hérissons Qui avaient des écailles, devinrent épineux Et la caille des blés perdit tout son pognon ; Les chiens, leurs trous du cul et ça les rend hargneux, C'est pour cela qu'ils se reniflent le derrière, Espérant retrouver celui de leur grand-père. Je vous l'ai déjà dit : on ne se souvient plus Si on faisait du bruit, si on sentait mauvais ? Alors, depuis on cherche. On se sent incomplet. Vous aurez remarqué ce qui compte le plus, Ce n'est pas ce qui manque, c'est l'idée qu'on se fait Qu'on en aurait besoin, qu'il faudrait posséder. Alors, depuis on cherche ce qui pourrait manquer. Comme on n'a rien trouvé sur les terres émergées, Que dans le fond des mers, on ne peut pas aller… On cherche sur les plages en suivant les marées. On court après la vague comme pour la rattraper Ou devant, évitant de nous mouiller les pieds. On regarde, avec soin, les objets que découvrent Les vagues sur le sable. Bien sûr, on en profite Pour cueillir des gammares qui vivent en troglodytes Dans des trous sous la plage. Tous les jours, on en trouve, Sans effort apparent, il suffit qu'on se baisse. C'est fou ce qu'ils sont bons et comme ils nous engraissent. L'objet que l'on recherche, on ne l'a pas trouvé. Et à le retrouver, qu'est-ce qui on y gagnerait ? Quitte à ne rien trouver, je persiste à chercher, Car je trouve à manger, sans bien me fatiguer Sauf en poursuites folles avec des chevaliers Ou au plaisir d'amour lorsque revient l'été. La notion de bonheur est abstraite aux oiseaux. Il n'y a que les hommes qui le rechercheraient, Car ils l'auraient perdu. Tous y croient et racontent Un paradis perdu à l'est de l'Eden Où les Dieux cultivaient des pommes de Golden. Les hommes sont des enfants. Ils veulent vivre des contes. Mais ne sont pas capables, le matin, d'apprécier, Que le soleil brille ou qu'il ne fasse pas beau, D'être en vie, simplement, encore pour un moment. Ils font le plus souvent beaucoup de bruit pour rien, Prétextant, par exemple, qu'ils ne se sentent pas bien Ou bien que leurs prochains, vraiment, leur puent au nez... Auraient-ils, comme je pense, au final, hérité De ce que nous perdîmes par ce jour de grand vent ?
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