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La salamandre (Salamandra salamandra)



J'aurais, n'en doutez point, préféré les enfers,
Ses feux au ralenti qui réchauffent les plats,
À la froideur humide qui envahit la terre,
À la nuit qui me cache, même le bout des doigts.

Sachez que je connais ma lointaine parente,
Couleuvre, c'est son nom et comme telle, serpente.
Elle fut assassinée par l'homme, pour la raison,
Qu'il la préférait morte, fut-elle coupable ou non !

Et bien qu'on démontrât de quelle ingratitude
Il se rendait coupable, l'homme prit l'habitude
De décider de qui et comment on l'offense…
Que l'on soit bête ou plante, nous sommes sans défense.

Comme il se croit puissant, il agit de la sorte
Vis-à-vis des plus faibles qui ont fait sa richesse…
Aussitôt qu'il le peut, il les met à la porte
Et prodigue aux nouveaux, qui lui lèchent les fesses,
Des fleuves de serments, des torrents de promesses
Qui n'engagent que ceux qui y croient et ne cessent
D'espérer pour eux, puis rejoignent la cohorte
De ceux qui se résignent à ce qu'on les oppresse.

Mais qu'un desserre les dents et oublie de se taire…

__ Vous voulez nous parler, nous vous écouterons… __

Le sot s'avance alors pour être l'orateur
Puis se tait sous les frappes des furies soldatesques.

Pour calmer les esprits, on parle de cabale,
Une fois seulement et dans un seul journal…
Ou bien de terrorisme. Ça, c'est une trouvaille !
Le peuple qui a peur va quand même au travail.

On trouve vite un juge qui l'envoie aux galères.
On lui coupe la tête, pour l'exemple, dit-on…
La vie reprend, alors, son décours pittoresque
Où chacun se reprend à croire à son bonheur.

Comprenez donc pourquoi ma vie reste secrète.

Quand même à la nature, je prodigue des bienfaits,
Je n'en fais point mention. Je demeure discrète.
En faire publicité, me vaudrait d'être tuée.

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