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La rousserolle verderolle (Acrocephalus palustris)


Papillons azurés et grandes pimprenelles
Font bon ménage à trois avec des fourmis sur
Des pâquis où pâturent des chevaux camarguais,
Avec des bœufs, synchrones.
Ils se sont adaptés aux alluvions du Rhône,
Qu'il dépose, en furie, quand les pluies l'ont grossi
En s'aversant du ciel.

La forêt ripariale fait figure de vestige,
Puisque presque partout les hommes l'ont coupée.
Sur l'humus noirâtre, des sangliers pressés
Ont creusé leur passage et plié quelques tiges
De bourdaine verruquée et de frênes naissants,
Fait tomber la rosée des menthes, des calaments.

Les grandes balsamines s'impatientent au soleil
Et rosissent de honte quand les frôle une abeille.
Un râle effarouché ne sait plus où il va.
La bouscarle fâchée alarme à tout va.
Au-dessus des phragmites, les viornes des marais
Se couvrent de fruits mûrs et sucrés à souhait.

Je me gave, je m'empiffre, je ne résiste pas,
Malgré votre présence sur le chemin de bois,
Sans lequel un bonhomme, même des plus téméraires
Ne franchit ce marais, ou alors, il s'y perd.
Bien sûr, vous m'énervez et entre deux bouchées,
J'alarme pour la forme, essaie de me cacher,
Mais reprends aussitôt ma quête alimentaire
Et plonge pour rattraper un fruit tombé par terre.

Quand l'angoisse est trop forte, dans les reines des prés,
Je me cache et je chante deux strophes de mes couplets…

J'essaie de vous faire croire, par mes imitations,
Que douze espèces au moins habitent ce buisson.

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