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La rousserolle effarvatte (Acrocephalus scirpaceus)


Me voir, ce n'est pas simple, je vis incognito,
Á moins que je ne me déplace dans les roseaux.
Il suffit de les voir qui s'agitent quand je passe
Ou bien de m'écouter, c'est ça qui me tracasse.

Je chante constamment, je babille, je bredouille
Des notes qui font penser à celles des grenouilles.
Un peu moins cependant que celui des rousserolles
Qu'on appelle turdoïdes.

__________________ Croyez-moi sur parole.

Car sur ma roselière, vous ne la verrez pas.
Elle est rare en Bretagne, je ne sais pas pourquoi.
Deux sarcelles d'hiver s'occupent de leurs moutards
Entre les potamots et les grands nénuphars.

Je suis la seule fauvette qui vit sur ces marais.
Le bruant des roseaux pourrait me faire de l'ombre
S'il mangeait des insectes, s'il vivait en surnombre,
Mais il n'aime que les graines et c'est un grand dadais.

Même la gorgebleue s'occupe de sa niche.
Un couple de pipits, d'un jeune coucou, s'entiche
Et passe beaucoup de temps à le faire s'engraisser
Avec des mouches, des taons, des chenilles, des criquets.

Quand vous venez la nuit pour voir les œdicnèmes,
N'êtes-vous pas surpris, quand la nuit est bien noire,
De m'entendre chanter et toutes mes compaignes,
Remplissant toute la dune de nos chants babillards ?

Cela remonte au temps où les Dieux nous ont faites,
Car Pan n'entendait rien quand il testait ses flûtes,
Dans nos marais où il découpait ses roseaux.
Il fit des pieds, des mains, enfin je le suppute,
Pour qu'on nous prive de chant et ce fut chose faite…

Mais les Dieux sont humains et dorment pendant la nuit.
Alors on en profite… Personne ne nous ennuie.

Si je chante le jour ? Bien sûr, incognito !

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