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Le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula)


On me dit familier. Je suis opportuniste.
Quand l'homme était encore au stade musaraigne,
Je suivais dans les bois, des animaux, la piste.
Les grands comme ceux qui assurément y règnent :
Les bisons et les cerfs, les cochons, les chevreuils…
Bien sûr, je m'indiffère de ces fous d'écureuils
Qui jouent au bout des branches comme le font les pouillots
Et qui, à l'occasion, pillent le nid des oiseaux.

Curieux comme vous l'êtes, vous voudriez comprendre
Quel intérêt je trouve à cette façon de faire…
Je vais vous expliquer : c'est pour les scolopendres,
Les iules, les cloportes et autres vers de terre,
Que leurs sabots découvrent en frappant la litière.
Je n'ai qu'à me baisser pour trouver ma provende,
Remplir mon panier comme le fait la ménagère.

Car, sachez-le aussi, j'ai la faim très gourmande.
Avec l'homme survint le temps du jardinage.
Je pus enfin sortir du fond du moyen-âge
Et alors, m'installer dans les villes, les jardins,
Surveiller de près ceux qui piochent ou qui bêchent,
Qui binent, sarclent, sèment et découvrent soudain
Quelque proie minuscule que, prestement, je pêche.

Alors, je vous fascine avec mon œil tout rond,
Ma prestance, mes allures et mon rouge plastron,
Au point d'ailleurs que vous me faites des abris
Où j'installe sans effort un nid pour mes petits.

Je ne crains que vos chats qui trompent ma vigilance
Quand je mélange mes notes graves aux grincements
Qui font mon chant unique, que je n'hésite pas
Á pousser la nuit même si la lune n'est pas là,
Quand je défends mes lieux, comme avec arrogance,
Et mon aimée, bien sûr, de tous ses prétendants.

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