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Rocambolympique


Mérinos*, qui passait pour être un peu douillet,
Devait donc faire courir la flamme, symbole de paix.
Car s'il fallait en croire les organisateurs,
La torche, si elle passait, ferait le monde meilleur.

Mérinos, maintenant qu'il était enveloppé
Ne pouvait plus passer pour un coureur à pied.
Si fait, qu'après dix mètres, il était essoufflé,
Au point qu'on pouvait craindre tant la flamme vacillait.

Un panda de l'escorte lui ferma le bougeoir,
Le priant gentiment de bien vouloir s'asseoir.
Mérinos se vexa qu'on le tint pour si peu
Et se prit à douter de la valeur des jeux.

" Au pays des Bambous, on vous prie de vous taire.
Sinon d'une balle tirée par des militaires,
On vous tue sûrement. Je ne pouvais le croire.
On m'a pris pour un con et je n'ai plus d'espoir.
"

Mérinos, qu'on avait tenu pour négligeable,
Venait de découvrir qu'aux bêtes innombrables,
Du pays des Bambous, tous les jours, à toute heure,
Un régime sanguinaire régnait par la terreur.

Jusque-là, il n'était question que de records.
À peine entendait-on qu'il y eût des sponsors.
Le peuple des Bambous trimait comme des esclaves
Pour le meilleur des mondes et l'enfer qu'on repave.

Le peuple des Bambous respirait des poisons,
Mais devait sa croissance aux centrales à charbon.
Il serait un modèle. Il crierait vive le sport.
Tant pis pour ses milliers de condamnés à mort.

Le peuple des Pâtures ouvrirait-il les yeux
Comme le fit Mérinos qu'on traita de péteux ?
Faudrait-il qu'à son tour, il se sente humilié
Pour espérer qu'il se décide à sourciller ?

8 avril 2008 / «® / ©»



* Mérinos est un ancien champion des tournois et le chevalbélier servant de Minette avec qui il allait cueillir des boutons d'or et autres fleurs jaunes.