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Le renard polaire (Alopex isatis)



Des vaguelettes agitent la mer glaciale arctique.
Elles viennent se briser sur une plage de galets
Qui s'appuie sur la dune, mollement topographique,
Dont le sable me monte jusqu'en haut du mollet.

La plage est recouverte partout de bois d'épave
Qui brûle en dégageant une épaisse fumée noire.
C'est à cause du goudron qu'on appelle coaltar
Qui enduit les bateaux et coule comme bave.

Des rennes sont attirés par une flore algale,
Représentée surtout par des frondes fucales.
Elle leur fournit des sels, du chlorure de sodium
Et des ions essentiels comme le magnésium.

Ce qui m'attire, ce sont les tests des oursins,
Les poissons décédés ou bien les crustacés,
Qui se trouvent piégés par la mer retirée
Et qui pourront calmer ma perpétuelle faim.

Je vous ai vu sortir vos cannes à lancer.
C'était sans doute aussi, pour vous l'heure de dîner.
La balance des marées est le meilleur moment
Pour prendre des poissons sans trop perdre de temps.

Et en quelques instants, vous aviez pris des lieus.
Bien assez pour dîner. Ils se conserveraient
Jusqu'au matin, demain. Un peu moins frais, c'est mieux,
Pour tirer des filets, mais qui attacheraient
Au fond de votre poêle et ne seraient pas cuits…
Car l'air qui vient des pôles est propice aux onglées,
Et ce n'est rien encore, nous ne sommes qu'en été.
On ne peut guère bronzer au soleil de minuit.

Vous aviez bien dîné et caché les poissons
Du petit déjeuner auprès de votre tente.
Puis vous étiez parti, car auprès d'un buisson,
Le nid d'un pipit rare justifiait votre attente.

Je vous vois. Vous aussi. On s'observe tous les deux.
Je m'approche doucement. Je m'assois, enfin presque,
Regarde derrière moi, mon ombre est gigantesque.
Puis, je m'approche encore et je suis sur les lieux.

Je veux dire à l'endroit où sont cachés les lieus,
Indubitablement, ils sont ici pour moi.

N'est-ce pas mon cadeau ? Pourtant j'hésite un peu,
Renifle des fragrances que je ne connais pas.

Quand la peur est trop vive, je m'éloigne un instant,
La queue entre les jambes et je pousse des cris,
Comme le font les chiens quand les hommes les crient.
Mais je reviens bientôt, car c'est bien trop tentant.

Bon, maintenant, c'est dit, je vous pique un poisson.
Je me sauve bien vite, mais le poisson s'échappe.
Vous ne me dîtes rien. Je m'installe, sans nappe,
Je commence par la tête, sans poser de questions !

Je l'entame, mais à peine et je prends le deuxième.
Peut-être est-il meilleur ? À moins que le troisième ?
Pour sûr encore plus tendre. Devant mes trois poissons,
Je me couche. Je les ronge. J'ai vue sur l'horizon.

J'utilise mes molaires et de toutes leurs masses,
Je broie et je malaxe, les chairs et les arêtes.
Parfois, de temps en temps, il faut que je m'arrête
Et que je vous surveille pour voir ce qui se passe.

Vous semblez m'ignorer, mais je n'en suis pas sûr.
J'ai le ventre rempli de toutes vos captures.
Je reviendrai demain. Pour moi, vous êtes un prince,
Que j'apprivoiserai. Pour vous, je crois, j'en pince !

*