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Un canard, dans la presse, écrivait ce matin, Tout le bien qu'il pensait qu'on ait voté utile, Que les utopies qu'il jugeait toutes futiles, Au fond des oubliettes, fussent jetées enfin, Que les idées nouvelles étaient des impostures, Vantait les vertus d'une bipolarisation De la vie politique au pays des pâtures Et qu'il faudrait choisir aux prochaines élections Entre deux seuls partis, une seule opinion, Ou la majorité ou bien l'opposition ! (Entre deux maux, le moindre, sera-ce l'abstention, Eus-je envie de répondre à ce venez-y-voir ?) Un autre se posait la question de savoir Quel rôle jouait vraiment la presse et les médias Dans la fabrication de l'opinion publique, Laquelle aurait valeur, pour la chose politique, Á suivre absolument, fût -elle galimatias, (Pour la raison que si le plus grand nombre bêle, Ça fait obligation de suivre le modèle). Et sans preuve à l'appui, affirmait sans ambages, Que les moutons savaient (et quel que soit leur âge) Se faire une opinion, sans l'aide de Mirandole, Par eux seuls, à vingt heures, en voyant les guignols ; Faisait démonstration qu'il fallait qu'il regarde Les sondages d'opinion au cours des reportages Du bocal à poissons pour s'en faire une aussi, Écrire son point de vue que les moutons liraient, Á moins, bien entendu, que le journal n'emballe Les tripes des poissons. En lisant ces papiers, je suis K.O. debout, Comme si j'avais reçu sur le bec, un direct. Au pays du Bélier, les projets sont tabous. Un seul concept prévaut : politiquement correct. Groupons-nous et demain, seule la pensée unique Et la cloche à sonnailles sauvera le genre ovin. Toute idée de progrès, désormais utopique, Est à mettre au rancart ou bien au lendemain, Quand les canards auront d'autres chats à fouetter, D'autres chiens écrasés sous leurs niches plastiquées Par le Homard breton , par le Mouflon de Corse, D'autres poules mouillées dans des affaires d'entorses, Des moutons à cinq pattes ou des canards boiteux, Des oies blanches comme neige et shootées jusqu'aux yeux ; Et rempliront leurs pages de tous ces faits divers Et un entrefilet à la rubrique obsèques (Une page lue surtout par les seuls centenaires) Pour offrir aux lecteurs une recette de bifteck. Avant peu, les canards, s'ils veulent encore bouffer, Devront rédiger autre chose que des piges Ou des éditoriaux, mais des publicités Et à mon opinion, ils feront des prodiges. L'hirondelle des fenêtres (Delichon urbica) / (13 juin 2002)__________
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