®
Le rat noir (Rattus rattus)



Je vis dans les greniers où l'on stocke le blé
Ou bien dans les paillers, mais jamais dans les caves.
Il y fait trop humide et seuls les rats d'égouts
Peuvent y régner en maître. Ils se moquent de tout,
Se goinfrent, se repaissent, perpètrent des saccages
Et se font détester de l'univers entier.

J'ai une queue très longue, bien plus longue que le corps,
Des pavillons d'oreille plutôt bien développés.
Ça me donne de l'allure. Ça me fait ressembler
Plutôt à la souris qu'au rat gris que j'abhorre.

Car c'est notre ennemi. Partout où il arrive,
Il nous chasse d'abord, puis il nous tue ensuite.
Il ne nous reste plus comme salut que la fuite,
De vivre dans les champs ou sur le bord des rives.

Notre colonie est bien modeste, sans doute,
Dans cet ancien moulin où seule, je redoute,
La présence de ces fouines qui arrivent parfois
À prendre l'un de nous pour lui manger le foie.

Mon pelage est tout noir avec un peu de blanc
Au-dessous du menton et sur le bord des cuisses.
Je ne me montre guère. Mais vous savez pourtant
Aux crottes que je laisse, où partout je me glisse.
Un pavé de grès rouge est cassé sur la plinthe.
C'est là que je me montre en faisant attention.

Je sors, je me toilette, je fais mes ablutions,
J'escalade le mur fait de pierres disjointes
Jusqu'à une mansarde, qui donne sur un verger.
Le bois de la fenêtre maintenant vermoulu,
L'empêche de fermer et de s'ouvrir, non plus.

C'est par-là que je sors et vais ravitailler.

*