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Le rat musqué (Ondatra zibethicus)



J'ai débarqué chez vous dans les années cinquante.
Je signalai très tôt ma présence inquiétante.
À force de creuser dans la digue de l'étang,
Celle-ci s'effondra et en très peu de temps,
Toute l'eau fut perdue, les carpes sur le flanc.
Elles moururent privées d'oxygène dans le sang.

Je construisais des huttes sur des prairies flottantes
Où nagent des potamots, où poussent des massettes.
Mes habitudes nocturnes me gardèrent au secret.
Je pus ainsi, très vite, prospérer, pulluler…
D'autant que mes ennemis n'ornaient que les casquettes
Des chasseurs qui tuaient toutes les bêtes puantes.

Mais dans la catastrophe, quelques-uns de mes frères
Étaient morts écrasés ou bien s'étaient noyés.
Le fermier, en colère, les tenait par la queue
Et marmottait hargneux, aveuglé de colère :

__ Croyeu ben s'té bestiaux, z'étaient ben pus musclés…
Mais une fois dépiauteu, y'a pus ren à roucheu !
Teul'gamin qui sait tout, qu'est comme le dictionnaire,
Tu pourras ben me dire, ce t'y que j'pourra faire ?
J'vas t'y les poisonner, j'vas t'y leur tendre un piège ?…

Comment ça… arrêter d'enfumeu les renards !

Vindront bouffeu meu poules et même meu canards.
J'vas t'y passeu meu nuits, je leur fera le siège.
Avec plein des billettes chargées au petit plomb
Et pour qui s'égaille mieux, j'mettra des croisillons…
J'ira pus me coucheu à tant qui s'ront pas tueu…
__

Nous restâmes quelques temps du côté de la queue
De l'étang attendant que l'on refasse la digue
Ou que le paysan s'endorme de fatigue.

*