®
Le pigeon ramier (Columba palumbus)


Payes-tu la goutte, tonton ? Payes-tu la goutte, tonton ?

Je connaissais quelqu'un pour lequel ma chanson
Se résumait ainsi, comme affaire de pochetron.
Ce quelqu'un a rejoint depuis plus de vingt ans
La vaste armée des ombres qui hantent les esprits,
Un fantôme improbable, un souvenir précis,
Qu'entretient encore la mémoire des vivants.

Je ne suis pas venu pour parler de ton père,
Mais, pour te raconter une histoire et j'espère
Qu'elle t'intéressera. Tu auras remarqué
Que nous sommes installés maintenant jusqu'en ville.

J'y trouve moins à manger, moins de diversité
Que dans les bois, les champs ou encore les moissons.
Mais la vie, c'est certain, la vie est plus facile…

Quand arrivent l'automne, les fusils et les plombs,
J'y suis bien à l'abri de la mort qui me guette
Lorsque arrive le soir, que nous allons dormir
Dans un chêne qui prend tout son temps pour vieillir
Sous lequel est assis un as de la gâchette
Qui attend qu'on se pose pour que dans son assiette,
Nous trônions dans la sauce avec des petits pois...
Pire qu'il me vende mort à quelqu'un qui m'achète.

Aux copains du bistrot, il jure de bonne foi :
Que c'est au vol qu'il fit ce superbe coup du roi
Et fier de son effet : __ Patron, remets-nous ça ! __
Devrais-je vous parler des grains empoisonnés
Que l'on sème partout puisqu'on serait nuisibles.
Ils nous font décéder dans d'affreuses diarrhées,
Les intestins brûlés de souffrances indicibles.

Monsieur de la Fontaine, je veux croire pour les rats
Que vous eussiez raison, à votre époque-là,
De penser que les champs encore privés de chats,
Offrissent la sûreté. Mais, seulement, voilà,
Les temps ont bien changé, surtout pour les pigeons.

J'aime mieux les enfants qui jettent sur le gazon,
Des pelouses du parc, des graines à foison.
Je suis gras, je suis beau et je suis bien portant.
Je vous souhaite, pour le moins, autant, pareillement !

Maintenant, s'il vous plaît, laissez-moi m'en aller.

C'est l'heure où je vais jouer à me claquer les ailes.
Je m'envolerai le plus haut que je pourrai
Pour glisser comme sur un toboggan virtuel.

*