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La rainette verte (Hyla arborea)



J'aimais dans le jardin par-dessus tout les poires,
Surtout celles du coin, car elles étaient précoces.
J'aimais sans doute autant les haricots à cosses
Qui venaient de Soissons et pendaient en sautoir
Sur des rames de bouleau, attendant de jaunir,
Ce qui marquait le temps de venir les cueillir.

Je ne mange ni les poires, ni même ces farineux
Qui donnent flatulences et vous faisaient péter.
Mais j'aimais y grimper pour pouvoir m'y cacher,
Y attendre la nuit, commencer à chanter
Et d'un bond remarquable, capturer un faucheux,
Une sauterelle verte ou un criquet juteux.

Et j'aimais bien aussi toutes ces expériences
Que nous faisions ensemble, à jouer à la science…
Quand je devais marcher sur une glace verticale
Ou bien sur votre joue, me montrer amicale.
Je changeais de couleur comme les caméléons,
En restant élégante et toujours dans le ton.

J'étais d'un vert très tendre cachée dans le couvert
Et jaunissais beaucoup sur une plaque de verre,
Brunissais aussitôt au contact de l'écorce
Laquelle, bien entendu, est rugueuse comme un corse.

J'ai des ampoules aux pieds avec lesquelles je sens
La texture des supports auxquels en m'adaptant,
J'échappe aux prédateurs, encore que je ne risque
Pas grand-chose, tellement, je sécrète de toxiques.

Quant à prédire le temps, il vaut mieux une ficelle
Qui, si elle s'agite, c'est qu'il y a du vent
Et si elle est mouillée, c'est qu'il pleut à plein temps…

Je n'aime pas les bocaux, même avec une échelle !

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