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Le pic tridactyle (Picoides tridactylus)


Je sus de suite que vous aviez deviné
Ma présence en ces bois où je vis bien caché.
Vous aviez découvert mon arbre picoté
D'où coule une résine qui m'avait régalé.

J'avais creusé mes trous en hélice parfaite.
Fibonacci, ses suites, ne me sont pas secrètes…
Pour autant mes hélices, je les fais simplement,
Sans calculs compliqués, seulement en grimpant.

Deux compas de mes pattes, horizontalement,
Vers la droite, je préfère et verticalement,
Trois petits sauts de puce, appuyé sur ma queue.
Puis j'observe le monde avec l'air belliqueux.

Si rien ne m'importune, si rien ne me dérange,
Ni l'homme, ni le jaseur, encore moins la mésange,
Je creuserai un trou d'où la résine coule
Et la boirai sans fin quand bien même elle me soûle.

Dès que je suis pompette, ne le répétez pas,
Je viens voir votre tête qui ne me reviens pas,
Car c'est une évidence, vous êtes étranger
Á nos épicéas, comme dit le mésanger.

Je viens dans un rais du soleil qui se couche
Houspiller de mes cris l'écureuil polatouche,
Vous montrer mon habit qui se pare de rose
Et vous dire que votre présence m'indispose.

Qu'il serait temps pour vous d'aller cuire vos saucisses,
D'attendre patiemment que les élans se glissent
Entre les pins sylvestres et sur les myrtilliers
Que votre compagne a complètement pillés.

Cet hiver, les tétras vont tous crever de faim
Ou pire émigrer comme le fait le catmarin
Qui miaule à tue-tête sur un lac au lointain.

Fermez donc vos parkas, vous avez froid aux mains.

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