®
La petite tortue (Aglais urtica)



Le nom qu'on m'a donné a-t-il rapport aux Grâces ?
Euphrosyne et Thalie furent-elles aussi mes sœurs ?

Vulcain m'a-t-il aimé ?
_________________De cela, j'ai bien peur
Qu'il ait perdu son temps !
_________________Que ce papillon passe,
Je referme mes ailes brillamment colorées
Ne montrant que l'envers, terne et sans attrait.

La beauté ne vaut que si elle est dévoilée
Un instant seulement, ainsi que je le fais
D'un clin d'ailes étalées, bien vite refermées.

Mon amant a droit seul à l'entière nudité.

Il m'aimera une fois pour toutes et en mourra.
(Destin moins cruel que celui du fils d'Héra).

De mes œufs, déposés sur l'ortie dioïque,
Naîtront mes chenilles qui fileront une toile,
Vivront en société sans autre politique
Que brouter pour grossir et mettre ainsi les voiles,
Se faire chrysalide pendue sur une trique,
Un poteau ou le mur d'une maison, d'un hangar,
Au chaud, bien entendu, à l'abri des regards.

Au printemps installé, je viendrai sur vos fleurs.
Vos buddleias m'enivrent de toutes leurs odeurs.

Je passerai l'hiver au chaud dans vos greniers.

Si vous m'y trouvez, ne me jetez pas dehors,
Je saurai sortir seule à moins qu'un mauvais sort
Ou bien pire qu'une de vos grosses araignées,
Insensible à ma grâce, à ma grande beauté,
Ne me fasse pas grâce, ose me dévorer.

*