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Le pouillot véloce (Phylloscopus collybita)


Aux premières ficaires, avant les anémones,
J'égrène mes deux notes et mon chant monotone.
Je suis l'un des premiers qui arrive d'Afrique
Et souvent de moins loin, des côtes d'Armorique
Où je passe l'hiver pourvu qu'il reste doux,
Sinon vite je meurs d'une quinte de toux.

Pas plus qu'une hirondelle, je ne fais le printemps,
Mais j'annonce, à coup sûr, la vraie fin de l'hiver,
Á tous les saules, aux coudres, qu'il est enfin grand temps
D'ouvrir leurs premières feuilles pour que mon habit vert,
Ma tenue camouflage me soustraie à la vue
Des bêtes qui me chassent et surtout l'épervier.
Á la moindre imprudence, il me fait l'heure venue
De rallier mon seigneur au fond de son gésier.

J'occupe une place à part dans la guilde des oiseaux.
Je mange des insectes tout au bout de rameaux.
Pour cela, j'ai des dons, je suis même véloce
Et de taille réduite, pas comme les albatros.

Mon nid est un chef d'œuvre entièrement tissé
D'herbes avec des herbes du genre graminées
Pour former sur le sol une boule douillette
Toute remplie de plumes, la cachette parfaite
Pour nourrir sûrement, au fond de ce joyau,
Cinq ou six garnements qui seront mes pouillots.

J'ai aussi des cousins que je ne croise guère.
Comme Hutus et Tutsis ou langues étrangères,
Nos chansons respectives, sur tous les points, diffèrent.
Mais, jamais pour autant, ne nous faisons la guerre,
Même s'il arrive qu'on fréquente les mêmes bois.

Il vous faut donc admettre que nous avons deux niches
Assez différenciées et proches à la fois
Pour voisiner en paix sans nous mordre les miches.

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