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L'aigle pomarin (Aquila pomarina)


De grandes herbes folles se mêlent aux chardons,
Sur des dunes immobiles où courent des liserons
Dont la fleur éphémère colore de rose bonbon
Les sables de la mer qu'a fui Poséidon.

Des férules gigantesques se profilent dans l'azur
D'un ciel inchangé que quelques nuages rares
Traversent avant de fondre, sans même crier gare,
Dispersés par le vent qui souffle en doux murmure.

Un marais inchangé depuis l'ère secondaire
Abrite des oiseaux aux allures dinosaures.
Un écureuil terrestre, qui ne vit que par terre,
Se dresse de tout son haut, tendu comme un ressort.

Je crois qu'on les appelle sousliks spermophiles.
Comme les chiens de prairies, ils font des colonies,
Habitent des terriers dans lesquels ils s'enfuilent
Dès que l'un d'eux prend peur, pour un non, pour un oui.

Tout comme les marmottes, ils sifflent un cri aigu
Et ils sont délicieux quand arrivant des cieux,
J'arrive à les surprendre avant d'être aperçu,
Quand ils sont loin des trous ou suffisamment vieux.

J'arrive en rase-mottes. Les herbes me chatouillent
Les plumes du bas ventre, et puis celles des cuisses,
Tant je plane bas, les ailes mi-étendues.
Á la fin, d'une ressource, je freine, je prends, je tue.

Sans attendre mon reste, silencieusement,
D'une patte négligente, je l'emmène balançant
Pour qu'il ait l'air vivant… (Il est mort cependant)…
Jusqu'aux arbres qui me cachent. J'y chante longuement.

Je reviendrai vous voir car vous ne bougez plus.
Je planerai très bas comme le font les vautours
Quand ils cerclent au-dessus des cadavres, alentour.

Je vous aimerai tant vous paraissez dodu.

*