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Le pluvier doré (Pluvialis apricarius)


J'ai comme l'impression que, depuis un moment,
Je vous mets la pression, vous gonfle, copieusement,
À vous suivre, pas à pas, où que vous vous rendiez
Sur l'immense toundra. Car m'entendre crier
Vous complique la tâche. Rien, nulle part, ne vous cache.
Quand vous vous approchez, furtif, à croupetons,
Des dalles de rochers où se cache un glouton.

Las ! cet animal-là n'a pas grande valeur.
Je le dis, croyez-moi. D'ailleurs, il va s'enfuir.
Il n'a rien à vous dire. À moi, il me fait peur.
C'est une bête fauve devant qui l'on se sauve
Ou trépasse d'effroi. Dans l'instant, il vous broie
Tous les os et les chairs, vous envoie aux Enfers.

Regardez-moi plutôt. Voyez, je suis si beau
Dans mon habit doré, de noir agrémenté.
Dans le soleil du soir, je brille comme un espoir.
Voyez comme je vole. En deux ou trois coups d'ailes,
Comme une tourterelle, je pourrais être au pôle.

Mais vous êtes chez moi. Je ne le souffre pas.
Tant que vous y serez, je vous agacerai.

*