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Le plongeon imbrin (Gavia immer)



Les vagues sont à la cape et poussées par le vent,
Elles se brisent, sans cesse, sur cette île Dumet
Où depuis quinze jours, vous êtes naufragé,
Sans plus rien à boire qu'une caisse de vin blanc.

La pluie bat la pelouse mouillée par les embruns
Qui s'échappent de l'écume des vagues qui déferlent
Et furieuses, rugissent en bousculant les grains
De sable, qui bombardent la cuirasse des patelles.

Les algues arrachées encombrent le ressac.
Elles tendent, désespérées, leurs frondes laminaires,
Telle la main du noyé, englouti par la mer,
Rejoignant, pour toujours, son destin ammoniaque.

J'ai choisi un asile dans une anse abritée.
Je partage ce havre avec quelques macreuses,
L'harelde boréale et des harles huppés,
Oubliant, un instant, la houle nauséeuse.

Je me traîne sur le sable et m'allonge, épuisé.
Votre présence, même, me laisse indifférent.
Laissez-moi, s'il vous plaît, reposer un instant
Loin du courroux des flots, par le vent, démontés.

Un grand labbe égaré, prisonnier des tempêtes
Qui frappent la Bretagne en ce mois de janvier,
N'a plus rien à manger, ni poisson, ni arêtes…
Les goélands n'ont rien qu'ils pourraient dégorger.

Des bécasseaux violets s'amusent sur les rochers.
Ils affrontent sans craindre la vague qui s'écrase.
Ils sont sans doute les seuls, avec les huîtriers,
À aimer le gros temps et flâner sur les raz.

Mais la marée s'étale et le vent a molli.
Je m'en retourne en mer, rejoins mes compagnons.
Si vous êtes patient, si le cœur vous en dit,
Vous pourrez, à loisir, observer nos plongeons.

*