®
Le plongeon catmarin (Gavia stellata)



Alors, c'est grave, Docteur ? Ainsi les pluies acides
Auraient tué mon lac, m'acculant au suicide,
L'ulcère à l'estomac et l'intestin dystrophe…
C'est une tragédie ! C'est une catastrophe !

J'avais bien remarqué, ces dernières années,
La surmortalité des perches et des brochets.
Souvent des champignons infectaient leurs écailles
Qu'ils perdaient, comme tricot dont on défait les mailles.

Je n'avais plus rien à me mettre dans l'assiette,
Ni la chair des poissons, pas même leurs arêtes.
Juste un excès d'azote, d'urée ou d'ammoniaque
Qui rendent les phryganes complètement patraques.

Je mourais, m'éteignais, souffrais d'inanition
En sachant que personne ne paierait l'addition.

Si fait ! Pour la Bretagne, je m'installe pour de bon,
Sans espoir de retour… Je me fais une raison !
J'irai sur vos côtes où j'éviterai peut-être
Les nappes de mazout, les excès de salpêtre,
Les filets des pêcheurs, les balles des chasseurs…
Nagerai sur la vague. Ce sera le bonheur !

Mais, à part moi, qui donc égayera de chants
Ces grands bois silencieux, si je ne miaule plus
Quand arrive la nuit qui va crépusculant,
Et endort les moustiques pour qu'ils ne piquent plus ?

Et s'ils vous piquent encore… Volez leur dans les plumes !

Imaginez un temps le silence complet
Quand le pays se noie dans des nappes de brumes…
Les animaux des bois vont tous y déprimer !

Les chevaliers sont muets à moins qu'ils ne s'envolent...
La bécasse dit toujours qu'elle croule sous le labeur
Que lui cause ses enfants. La barge, pas de bol,
S'absente très souvent. Elle rêve d'équateur.

Quant au courlis corlieu et au cygne chanteur,
Ils partiront bientôt sans tambour, ni trompette.
Y'a bien la gélinotte, pendant que vous y êtes…
Mais faudrait lui offrir un amplificateur !

*