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Le plongeon arctique (Gavia arctica)



Je remplis la forêt d'un chant mélancolique
Qui s'entend de très loin et avertit qu'un lac
Abrite mes amours ainsi que des moustiques
Qui suceront vos sangs en dépit de vos claques.

Des oiseaux sur la Terre, je suis le plus ancien.
D'avant que les couleurs ne tombent de l'arc-en-ciel
Et peignent les oiseaux pour en faire des merveilles.
Tout de gris, noir et blanc, mon costume me va bien.
Voyez mon cou zébré, sur ce beau noir de jais.
Mon dos carrelé et ma tête gris souris.

Une grâce placide ne me quitte jamais,
Que je nage, que je plonge ou quand je me nourris.

Je donne aux eaux tranquilles où le ciel se reflète,
Où se noient les nuages au ras des linaigrettes,
Une rare émotion dont j'aimerais qu'on dise
Qu'elle est assez puissante pour qu'on l'immortalise.

Vous parais-je immodeste ou même prétentieux ?

Mais sans nous, les plongeons, dites-moi qui pourrait
Animer ces contrées abandonnées des Dieux,
Aux glaciers, aux moraines, qui les ont faconnées ?

Le chevalier cul-blanc, son cousin le sylvain
Sont bien souvent discrets, silencieux et sauvages.
Peut-être, verrez-vous quelques grues au passage,
Un garrot ou un bièvre qui s'envole, soudain ?

J'aime assez me montrer et faire des ronds dans l'eau,
Nager sur le côté, quasiment sur le dos,
Plonger très longtemps pour faire croire que je me noie
Et n'en sortir qu'à peine, pour qu'à peine on me voie ;
Ou courir sur les eaux, presque à la verticale,
Auprès d'un congénère, s'il s'aventure trop près,
Assurant ainsi ma défense territoriale
Jusqu'à ce qu'il s'envole par-delà mes contrées.

Mais quand le soir descend ou bien quand ça nous prend,
On s'envole tous, d'un coup, et puis on se regroupe,
Pour tourner sur le lac, le bec dans la croupe…
À qui crie le plus fort, son long hululement.

Puis quitter pour un temps, ce lac et ces moraines
Où vous êtes installé depuis une semaine...
Pour rejoindre, bien plus loin, un domaine secret
Perdu, parmi les arbres, dans l'immense forêt.

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