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La lamproie de Planer (Lampetra planeri)



Bien que je sois commune quand on sait me chercher,
Je suis tout à fait sûre que si l'on questionnait,
Des gardes piscicoles, des pêcheurs à la truite,
Pour eux, mon existence, serait sans doute fortuite.

Pourtant l'on me connaît depuis l'ère secondaire,
Je ne vis pas très vieille, quatre ou cinq ans au plus,
Puis je meurs, aussitôt, après avoir pondu.
Ma dépouille nourrira mes premiers stades larvaires.

Je ponds au mois de juin lorsque les eaux s'étiagent,
Qu'elles s'échauffent assez pour qu'en moins de cinq jours,
C'est façon de parler, mes larves voient le jour,
Puisqu'elles restent aveugles et se cachent dans les vases
Où pendant toute ma vie, elles suceront leurs proies,
Souvent des poissons morts, des insectes noyés,
Des déchets, des cadavres, demi-décomposés.

Car c'est là qu'est la niche des espèces lamproies.

Vers la fin de ma vie, elles se métamorphosent.
Mes deux yeux apparaissent, ainsi que mes gonades,
Puisque à l'amour, enfin, comme le font les roses,
Nous nous consacrerons jusqu'à la débandade
De toutes nos cellules, mes organes et mon corps
Qui remettra son âme aux bons soins de la mort
Et tout mon organique au sein des vases meubles,
Dans lesquelles mes jeunes pourront ouvrir les yeux,
Qui leur sont nécessaires pour faire le sexe à deux…

Dites-moi, après ça, que l'amour est aveugle !

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