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La fauvette pitchou (Sylvia undata)


Ah ! Vous êtes arrivé. Excusez mon retard,
Mais, je vous attendais plus loin dans mon domaine.
Tout à coup, j'ai pensé que même le renard
Évite d'y rentrer même quand il se promène.

Vous êtes beaucoup plus gros et tous vos pantalons
Ne vous protégeraient pas des piqûres d'ajoncs.
Pour oser affronter la jungle des épines,
Le fouillis des genêts ou bien les aubépines.
Faut être sanglier, tout à fait dur du cuir.
Parfois j'en vois passer, ce sont des durs à cuire,
Qui viennent se reposer au plus chaud de l'été,
Dormir et se bauger, sans être dérangés.

Je suis vraiment ravie que vous veniez me voir.
Je n'imaginais pas que l'on pouvait avoir
Envie de m'observer, ni même de m'admirer.
Avec mes couleurs sombres et cette queue trop longue,
Je donne l'impression d'une poêle mal lavée.

Quant à mon chant modeste, je doute que si l'on fonde,
Dans un conservatoire, une classe de fauvette…
Peu d'élèves s'y pressent !

____________________Écoutez la grisette
Qui chante près des bouleaux. Ma cousine à tête noire
Est auprès du ruisseau. Vous devriez les voir.
Elles ont de belles voix, de l'imagination.
Du chant, d'autres oiseaux, en font l'imitation.
Cela dit, je l'avoue, je n'ai pas à me plaindre.
J'ai plus de cent hectares de landes pour moi seule
Et chasser les insectes. Je n'ai rien à y craindre,
Hors la saison des nids quand les mâles s'engueulent,
Se font des histoires pour un bout de territoire.

Tout le reste du temps, ni l'espace, ni le temps,
Rien ne nous est compté. Nous restons seulement
Au secret des fourrés, on ne peut pas nous voir.

Quant aux autres oiseaux... Pourquoi leur faire ombrage ?
Je vois souvent passer des linottes pressées…
Sur la pointe d'un pin, en habit jaune de page,
Le bruant s'est perché et ses notes égrenées
Rompent avec le silence de la lande bretonne.

Faut attendre le soir quand l'engoulevent ronronne
Pour qu'il y ait, enfin, un peu d'animation.
Le blaireau se prépare un plat de champignons…
Les lapins korrigannent ou tiennent assemblée.
La lune par les nuages, un instant dévoilée
Fait vivre des fantômes, improbables ou vrais.

Mais pour en être sûr, il faut en être près.
Et j'ai peur dans la nuit. Je reste emmitouflée,
La tête dans les plumes pour ne pas avoir froid.

Je m'égare… J'en ai peur. Mais, c'est plus fort que moi.
Il en est du discours comme de mes habitudes.
Je suis là un instant et avec promptitude,
Je m'éclipse pour longtemps et demeure invisible.

Vous entendrez peut-être mes cris à peine audibles.
Je ne dirai plus rien, ni comment est mon nid
Et non plus davantage, combien j'ai de petits,
Car vous n'en ferez rien. Vous ne pourriez les voir.
Je crois que maintenant, faut qu'on se dire au revoir !

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