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Le pinson des arbres (Fringilla cœlebs)


__ Dis, dis, dis… Dis-moi… Où t'as mis les p'tits ? __

C'est ainsi que des hommes ont traduit ma chanson.
Mais savent-ils pourquoi ? Quelle en est la raison ?

Je vais vous expliquer. C'est à cause de mon nid
Que je cache si bien en habit de lichens…
Je ne le trouve plus si je le perds de vue,
Ne serait-ce qu'un instant et ça me fout la haine.
Croyez-vous que je souffre de myopie, de berlue ?

Des savants découvrirent en étudiant mon chant
Qu'il y avait deux parties. Que l'une était innée,
Que l'autre était variable et que nous l'apprenions
En écoutant nos pères quand ils veulent bien chanter !
Moi, j'habite Hennebont, juste en bordure d'un champ,
Quand je chante à ma belle, je lui pose ma question.

Elle crie : __ Ici ! Ici ! __ Alors je lui réponds :
__ Où çà, où çà, où çà ?… Où çà en Morbihan ? __
J'ai rencontré un jour, un pinson à Quimper.
Sa réponse était bien : __ Où ça en Finistère ! __

Je doute que vous croyiez à pareille hypothèse !
Je la trouve rigolote, car je suis toujours gai.
C'est une qualité que tous vous m'accordez.
Je m'étonne, qu'à ce jour, encore aucune thèse
N'ait été publiée sur mon code génétique
Où l'on découvrirait le gène hilarique.
Plus sérieusement, j'aimerais qu'on m'explique
Pourquoi je chante mieux et surtout plus souvent
Quand, derrière les nuages, le soleil s'éclipse ;
Ou quand monte l'orage, que se lève le vent.

Est-ce mon côté bruant ? Ai-je un rôle à jouer ?
Prédire la météo, comme le pic, la grenouille
Aux bêtes qui se ramassent avant que ne la mouille
L'averse qui cataracte ? Est-ce que quelqu'un le sait ?

Pensez-vous normal que les ornithologistes
Me négligent prétextant que je suis trop commun,
Me regardent seulement pareil un importun…
Devrais-je porter plainte pour manœuvre ostraciste ?

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