|
Je n'aime guère les flaques. J'aime mieux les grands lacs… Le Vattern, en été… Nous nous sommes observés. Le Leman, en hiver… Mais, j'aime aussi les mers, Les herbiers de zostères qui poussent sur les vasières, Les lagunes, les étangs et même les sablières, Á condition, pourtant qu'il n'y ait pas de frontières Entre mes yeux marrons, (j'en ai deux sur la tête) Et l'horizon au loin, fermé par une crête. C'est pourquoi je choisis de vastes étendues Où l'eau est dépourvue d'herbiers par trop fournis Pour pouvoir surveiller et même détailler Ce qui se passe partout du haut de mon long cou. J'ai une longue queue. C'est pour m'équilibrer. Pour que je vole mieux et aussi pour brouter Les herbes que j'arrache quand elles poussent aux fonds, Les herbes que je mâche et les colimaçons Qui s'y trouvent prisonniers… C'est pour les protéines, Le transit intestine qui commence au gésier. Pour nicher, c'est pareil, il faut que je surveille, Du plus loin que je peux, ce monde dangereux. Les endroits découverts auront ma préférence. J'y assure ma défense mieux que sous le couvert. Je fus un Dieu vivant au temps des pharaons, Puisque nous hivernons au moins jusqu'au Soudan. Il nous fallait passer au-dessus de l'Égypte Et nous y arrêter dans des champs d'eucalypte Ou bien de papyrus… Pour moi la botanique, In naturalibus, c'est du gastronomique… Le Soudan, c'est trop loin, je m'arrêterai avant. Je connais tous les coins du golfe du Morbihan Où il y a des bernaches. Je n'ai rien d'autre à faire Qu'à cueillir par derrière les zostères qu'elles arrachent.
|