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La pie bleue (Cyanopica cyana)


Je ne suis pas farouche. Je me méfie assez
Pour m'envoler de loin quand on veut m'approcher.
J'ai encore en mémoire l'expérience passée
Quand de force, par la mer, on me fit déporter.

Ça date de l'époque où j'étais favorite
Des shogouns, au Japon.

________________Férue de politique,
Je passai pour savante, éclairée, érudite
Et dotée de solides notions philosophiques.

On m'écoutait alors prodiguer mes conseils.
Sans doute étaient-ils bons, puisque la société,
Impériale, ne baignait pas dans le pâté…
Puisque depuis dix siècles, elle marchait à merveille,
Jusqu'à ce jour maudit où des prêtres portugais
Débarquèrent leur foi, leurs croix et leurs bannières,
Leurs discours de jésuites et leurs mauvaises manières,
Onctueuses, ampoulées, sournoises et affectées.

Je fus vite de leur part victime de kabbales.
Il fallait à tout prix que l'on me fasse taire.
Le christ et le commerce, la conquête de la terre…
Qu'un oiseau le conteste devait être immoral.

Alors nuitamment, ils vinrent dans ma volière,
Me mirent dans un sac et sitôt m'embarquèrent,
Á fond de soute, aux fers, dans une de leurs galères,
Pour m'offrir à leur roi dont le nom est Semper.

Malgré le mal de mer, les vapeurs délétères,
Je déchire mon sac, de mes liens, me libère,
Sitôt en vue des côtes, je m'envole, je m'échappe…
Jamais je n'aurais pu survivre auprès d'un pape.

Depuis, je vis dans les pins pignons, les chênes-lièges
Et les rois ou les papes, font toujours sur le siège,
Des merdes qui empestent… ou des cadavres obscènes
Quand ils meurent soudain et quittent enfin la scène.

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