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Le pic à dos blanc (Dendrocopos leucotos)


Vous ne me voyez pas, du moins je le suppose,
Assis dans ce chaos de rochers, de fougères.
Les mousses prennent d'assaut les arbres séculaires
Qui meurent sur leurs pieds ou se couchent par terre,
Pourrissent doucement et partent en poussière
Sous l'action des mycètes lesquels les décomposent.

L'eau qui suinte des nappes arrose les blechnums,
Les œnanthes, les ciguës et les chrysospléniums.
Ici tout est humide et même l'atmosphère
Permet aux épiphytes de s'envoyer en l'air.
Les lichens foliacés ont des tailles imposantes.
Ma sylve ombropluvieuse aurait bien plu à Dante…

Car ici, c'est l'enfer pour les hommes ordinaires.
Pas d'allées pour y faire du vélo, on s'y perd.
Il faut tracer sa piste et laisser des indices,
Comme un fil d'Ariane et c'est un soulagement
De retrouver l'air libre dans le jour finissant,
De se prendre pour Orphée, même sans son Eurydice.

Vous n'étiez pas venu dans ces bois pour me voir
Puisque quand on me cherche, juste pour m'entrevoir,
Je me cache, je me tais, je fuis les indiscrets…
Á peine si je crie, de loin, pour alerter
Les animaux des bois, les ours ou les chevreuils
Afin qu'ils disparaissent, se cachent dans les feuilles.

Je ne vous ai pas vu allongé sur la mousse,
En train de déjeuner d'un sandwich, d'une mousse.
Vous n'eûtes que le temps et grâce à vos jumelles,
De voir mes flancs barrés, mes barres sur les ailes,
Que je m'étais caché, furieux, désemparé,
D'avoir été surpris au fond de ma forêt.

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