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Le pic cendré (Picus canus)


Bon sang, elle me résiste cette larve dodue.
Je n'en vois que le cul. Comprenez que j'insiste.
Á coup de bec, je pique la motte de gazon,
Car il n'est pas question qu'elle s'enfuit et me nique.

Je frappe à toute force. Je prends beaucoup d'élan,
Car l'enchevêtrement est plus dur que l'écorce.
Par moments, je m'arrête et surveille alentour.
Je prendrais l'escampette si survenait l'autour
Ou bien le paysan quand il vient dans son champ
En bordure de l'étang creusé profondément.

On y trouvait du fer, d'où le nom de ferrières
Qu'on donnait aux carrières ouvertes à ciel ouvert
Et qui, abandonnées, ont recueilli la pluie,
Á force de tomber qu'à ras, les a remplies.

Si les pics bigarrés ont des petits bruyants,
Les miens sont très discrets autant que leurs parents.
C'est à peine s'ils se montrent quand je viens les nourrir…
Que viennent malencontres, elles les feraient mourir !

D'une manière générale, notre vie est secrète.
Peu de témoins directs de la vie animale
Nous connaissent vraiment. Des bribes, assurément…

Mais, pour vous faire plaisir, je m'en vais vous décrire
Comment donc je m'y prends pour séduire ma belle,
Devenir son amant, sans curé, sans chapelle.

Quand arrive le printemps, je chante et je tambourre
Sur des troncs pourrissants où je tape comme un sourd.

Quand ma belle me répond, je lui sers ma chanson,
La cherche activement. Elle fait pareillement.
Sitôt que je la vois, je vole au-dessus d'elle
Faisant vibrer mes ailes en parcourant les bois.
Je lui fais visiter les nids que j'ai creusés.
Et si l'un d'eux lui plaît, c'est qu'aussi, je lui plais.

Le reste, vous le savez, c'est l'affaire des oiseaux.
Nous élevons six œufs posés sur des copeaux.

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