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La pie-grièche à poitrine rose (Lanius minor)


Je me suis installée dans un endroit secret,
Unique en son genre, de sables et dolomies,
De cistes et d'euphorbes, en buissons dispersés,
Et de genévriers de Phénicie, aussi.

Les plantes endémiques se comptent par dizaines,
Á profiter au mieux des sels de magnésium,
Transpirer tant qu'elles peuvent des résines et des gommes,
Embaumer l'atmosphère d'essences et de terpènes.

Je m'en sers pour mon nid et pour mettre au parfum,
Au plus tôt mes petits cachés dans un nerprun,
Dans une coupe lâche de thym, de nepeta,
D'absinthe, de romarin et même d'herbe aux chats.

L'intérieur est tissé de fins cotons soyeux
Que m'offrent des plantains, voyez, fort généreux.
J'y ai pondu six œufs. Six petits silencieux
Fins prêts à le quitter, dans un jour ou bien deux.

Ils sont beaux, écailleux avec leurs plumes neuves.
Vous leur faites un peu peur et le plus qu'ils le peuvent,
Ils se font tout petits tout au fond dans le nid.

J'alerte encore bien que vous vous soyez enfui.

Quand donc comprendrez-vous que le stress fatigue
Le cœur des oiseaux qui bat déjà bien trop vite ?

Survivre plus de trois mois au milieu des garrigues
Est déjà une gageure.

_________________ J'aimerais qu'on m'évite
Les trop fortes poussées d'hormones, d'adrénaline.

Car je ne jure de rien, mais il se pourrait bien
Que dans quelques années, mon espèce décline.

Qu'à Lodève, de moi, on ne sache plus rien.

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