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La pie-grièche masquée (Lanius nubicus)


Des murailles en ruine se dressent sur la steppe
Couverte de tessons, de poteries anciennes
Ornées de festons grecques, de fresques marmoréennes...
Et sous un vieux canope s'est abrité un seps.

Quand le vent, qui balaie les herbes qui jaunissent,
Se calme sur le soir, quand le soleil pageote
Et que les moutons blancs dans le ciel rosissent,
On peut entendre encore des armées qui chuchotent,
Des bruits de galopades, les cris des janissaires
Et les roues des chariots qui écrasent la terre
Martelée par les pieds des jeunes filles qui dansent
Pour de gras palikares qui se frottent la panse.

Une sitelle s'escrime à réparer les murs
En construisant des nids en glaise qui devient dure.
Des bruants cendrillards se posent par hasard,
Picorent quelques graines et partent sans crier gare.

Je quitte les buissons où je m'étais cachée
Et monte en chandelle le plus haut dans le ciel.

J'attrape à l'occasion un papillon sucré.

Vous, vous le jugeriez aussi amer que fiel
Et en moins d'un instant, je m'éloigne en volant,
Tout au ras de la terre et me pose un moment
Sur une aristoloche où je me laisse voir…

Puis, d'un coup, disparais, sans vous laisser d'espoir.

Vous m'avez reconnue dans le livre d'image
Où les oiseaux se figent comme les enfants peu sages
Qu'on surprend, tout à coup, avec toute la figure
Barbouillée de chocolat ou de confitures.

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