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Depuis plus de trente ans, je ne fréquente plus Les haies fermant les champs d'aubépines pointues, De prunelles acérées, de ronces barbelées. Quand vous étiez enfant, dans les champs à moutons, Du côté de Grignon, nous venions tous les ans, Fin avril, début mai, jusqu'à la fin juillet. Pendant plus de dix ans, toujours au même endroit, Chaque année au printemps, dans une fourche en croix, J'ai reconstruit mon nid, élevé mes petits Dans un gros nid de mousses, de crins, de radicelles, D'un morceau de ficelle, plaqué entre une émousse, Une vieille aubépine, dans un fouillis d'épines. C'est là que je chantais, comme Roméo-o-o, Mon répertoire complet qui emprunte aux oiseaux Des refrains, des couplets que je sais imiter : Le pinson, l'alouette, la fauvette grisette, La linotte et la caille, les rousserolles en bataille, Le bouvreuil, le verdier ou le chardonneret. Mais il faut être près pour bien apprécier Mes talents de chanteur ou bien d'imitateur. Et pour être tout près, il vous faudra ruser, Comme pour apprécier Mes talents de chasseur… quand le mot prédateur Vaut d'être glorifié, quand je fonds sur mes proies Pétrifiées par l'effroi de leur mort imminente Au terme d'une agonie que d'aucuns qualifient De longue et même de lente, car il arrive parfois Que j'empale mes proies, avant qu'elles ne soient mortes Et donc encore vivantes sur des épines piquantes. Que le Diable m'emporte, ce n'est pas cruauté. C'est une nécessité. Les hasards de la chasse font qu'il arrive souvent Que plusieurs jours se passent sans que dalle sous la dent. Je fais des provisions comme vous des commissions. Et bien que l'atmosphère se réchauffe comme la terre (On parle d'effet de serre : ça favorise, j'espère, Les insectes hémiptères, orthoptères et diptères) Eh bien ! j'ai disparu de maints et maints endroits. Vous ne voyez plus guère guetter longtemps parfois, Sur une branche sèche, celles qu'on dit grièches. Car si ça vaut pour moi, ça vaut pour mes cousines Empoisonnées, je crois, par de la dieldrine, Toutes sortes de poisons déversés à foison. Mais c'est tant pis pour vous. Si en moins de trente ans, Les hommes devenus fous, détruisent l'environnement, Ils paieront le prix fort et ce prix, c'est leur mort, Lente, torquemadesque, sans rémission ou presque, Infestés de prions, avec des ganglions, Tout plein de métastases, des varices et des stases. Alors, nous reviendrons nous repaître des insectes Sur vos cadavres infects en décomposition. Et le règne animal sera la lutte finale !
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