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La petite veuve (Titanoeca obscura)



Vous n'aviez peur de rien, pas même de mon venin
Qui vous gonfla la main quand, maladroitement,
Sous l'évier où je vis, un jour, me saisissant,
Me tordant une patte, je vous mordis, soudain !

Vous aviez la peau dure, habituée au jardin,
Au manche des pelles-bêches, au ciment des truelles,
Au soleil qui tanne, aux vents et aux embruns.

Sinon vous seriez mort de ma piqûre mortelle.

Vous ne fûtes fiévreux, qu'une heure, peut-être deux
Et surtout agacé que je vous ai pincé,
Á peine les replis d'une empreinte digitée…

Une goutte de vinaigre… vous alliez déjà mieux.

Je me plais dans l'humide autant que dans l'obscur
Où fleurissent si bien les spores des moisissures.
Vous dire ce que j'y fais ne vous intéresse pas…
Il fait sombre bien souvent,vous ne me verriez pas.

J'aime bien la chaleur et votre Morbihan,
Son climat tropical qui reste tempéré.

J'aime bien sous vos pierres, au milieu de l'été,
Attendre de mon mâle qu'il apaise mes tourments.

Quand septembre et ses brumes humidifient la nuit,
Il transperce la toile où j'attends, patiemment,
Pariade par précaution et vaincra mon ennui…

Je rejoindrai la cave pour pondre mes enfants,
M'installer au-dessus du compteur électrique,
Que je couvre bientôt de cadavres de cloportes,
De mues de tégénaires, de proies de toutes sortes...
De l'agent d'EDF, j'en fais mon pique-nique.


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