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Vous nous voyez souvent marcher à cloche-pied. Nous ne sommes pas blessés. Nous jouons à la marelle. Un autre de nos jeux, c'est faire la balancelle, Un peu comme la guignette, un cousin chevalier. Ce qu'on aime surtout, c'est de nous envoler, Puis de fermer les yeux, voler à ras de terre, Faire un petit tour et revenir nous poser Pile poil au même endroit, en plein sur nos repères. Parfois il arrive qu'on réussisse si bien, Qu'on salue notre exploit ; qu'on écarte les ailes Juste au-dessus du dos ; qu'on les relève bien ; Qu'on fasse la révérence et pousse un cri d'appel Juste pour savoir où est notre partenaire. Nos tenues camouflées sont à ce point parfaites Sauf à nous appeler, trop souvent on se perd. Pour retrouver le nid, il fallut qu'on brevette Une technique à nous. Nous disposons nos œufs Le plus souvent en croix, le petit bout tourné Toujours vers l'intérieur. Quand il est survolé, Grâce à ce stratagème, le nid nous saute aux yeux. Nos petits, à peine nés, sitôt secs, savent déjà, Se cacher, invisibles. Leur petit cul dressé Et la tête allongée, ils ne bougeront pas. Vous pourriez même les prendre, mais faudrait les trouver. Au bout de trois semaines, ils sauront bien voler, Seront indépendants et pourront nous quitter. D'ailleurs, il le faudra. Pour la seconde fois, Nous pondrons d'autres œufs que la première fois. Ainsi, bon an, mal an, nous aurons huit enfants. Nous les retrouverons, car au mois de septembre, Au plus tard en octobre, à cause du mauvais temps, Nous les emmènerons, pour être francs comme Sicambre Quelque part en Afrique, sur le bord des grands fleuves Ou bien des plus petits, au bord des marigots, Comme ceux que l'on trouve au Niger, au Congo. Quelquefois ils sont secs et attendent qu'il pleuve. Je reviendrai, dès mars, au plus tard en avril Et sitôt revenu, je prendrais possession De tout mon territoire. _______________________Ça me met sur le grill. Dès qu'un oiseau s'approche... qu'importe son espèce, Je n'en supporte aucun. Je me bats comme un lion. Je le poursuis partout. Je le poursuis sans cesse, Jusqu'à ce qu'il comprenne que l'espace où je vis, N'existe que pour moi et qu'il m'est tout acquis. Je me plaisais beaucoup sur l'aire de stockage De sables et de graviers qui servirent d'agrégats Pour fabriquer des ponts ou bien au goudronnage D'une autoroute express qui passe près de là. La route terminée, la surface stérile Fut très vite envahie par le jonc des crapauds. Puis des petits bouleaux, aux endroits plus fertiles, Apparurent, çà et là, au bord des flaques d'eau. La place était superbe, en tout point idéale Pour que je m'y arrête, pour que je m'y installe ; Qu'avec mon aimée, nous y couvions tous nos œufs Dans une dépression fermée de graviers bleus. Un étang à canards destinés à la chasse, Nous offrait ses rivages et nos bains quotidiens, Des mollusques, des vers, des mouches, des acridiens, Le théâtre des grèbes qui flottent et qui rêvassent. Mais, cette année pourtant, quand je suis revenu, Ma surface ensablée, on l'avait goudronnée. Je suis désemparé, car si ça continue, C'est au milieu des rues que je devrai nicher. On bétonne à tout va, même le cours des ruisseaux. On creuse. On rectifie. Mes plages de galets S'en vont avec les crues. Plus de place pour nicher. Mais un beau jour, les eaux s'ajouteront aux eaux Et noieront tous les hommes, ainsi que leurs maisons. À quoi sert de leur dire, ils ont toujours raison !
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