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Le hibou petit-duc (Otus scops)


Mon village des Corbières est en fête ce soir.
On y passe en plein air, un film en blanc et noir.
Une histoire de source et de jeune sauvageonne,
Qui s'y baigne toute nue, sans souci des hormones
D'un paysan simplet, privé des joies du foutre,
Qui connaîtra l'orgasme pendu à une poutre.

Revisiter un film avec des yeux d'oiseau,
Ne permettra jamais d'écrire dans des cahiers,
Une analyse subtile comme celle d'un Truffaut.
Le psyché de l'homme est bien souvent bête à chier.
Il boit, il bouffe, il baise, pour autant qu'il le puisse…
Ou bien s'il ne peut pas, se branle l'entrecuisse.

Le reste n'est que discours, parlotes ou alibis.
Il y en a même qui écrivent des poésies
Ou finissent endormis, une balle en plein front.
Ce film de Pagnol, c'est le Satiricon !
L'amour chez les oiseaux est bien moins compliqué.
Tu le vis ou tu meurs et t'es décomposé.

Du haut de mon platane sur la place du village,
Je regarde les gens qui regardent l'écran.
Je chante mon chant crapaud interminablement
Et vous empêche un peu de suivre les images
De la belle Manon qui court après ses chèvres,
Ramasse des cailloux ou des baies de genièvre.

Le vent, qui tramontane, soulève la poussière.
Je saisis prestement un gros éphippiger.
Je remonte me brancher. Je me fonds à l'écorce.
Je dévore mon insecte et je prends l'air féroce
Quand vous vous approchez pour mieux me détailler.
Je me fais tout menu, hésite à me tailler.

C'est le vent qui forcit, qui me sauve la mise.
D'un coup, c'est la panique. Tous les bancs désertés,
Depuis que sur l'écran, le mot fin effacé
A fait place à la nuit, tombent tous de surprise,
Couchés par la rafale qui dépoussière les rues
Et cache le bout de lune sous le voile des nues.

Sur le champ de rugby où se dresse votre tente,
Les caravanes se couchent et les toiles s'envolent,
Découvrant des dormeurs qui s'éveillent stupéfaits.
Leurs bagages, leurs vêtements sont vite dispersés.
Les gens courent en tous sens derrière leurs bricoles
Qui filent dans le noir dans le vent qui tourmente.
Votre tente, heureusement, vous l'aviez arrimée,
Par avance, prévoyant, connaissant les Corbières,
Avec des cordes serrées autour de grosses pierres.
La tornade passée l'aura laissée intacte.
Avec les Dieux, c'est vrai, vous nouez des contacts
Et sur votre berceau se sont penchées les fées !

Maintenant qu'il fait beau, que le vent est tombé,
Seules des sautes encore envolent des papiers.
Je chante, on me répond. Tout le maquis s'anime.
Le rossignol s'y met. Un grand paon paresseux
Que la lumière attire, vient s'offrir comme victime,
J'essaie de l'attraper, mais je le manque de peu.

De grosses chauves-souris se pendent à l'envers,
Dévorent tranquillement des sphinx très amers.
Des noctuelles inhibées par tous les ultrasons
Qui emplissent la nuit, se laissent tomber par terre
Où je viens les cueillir à la barbe, au menton
Des crapauds qui les guettent au pied des réverbères.

Mais déjà le soleil rougit à l'horizon.
C'est l'heure où les hiboux vont faire papattes en rond.
Un trou dans un platane suffit à mon bonheur.
J'y trouverai de l'ombre et un peu de fraîcheur.
Même les bruits du marché qui s'étale à mes pieds,
Ne troubleront mes rêves... Je dors à poings fermés.

*