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La perdrix grise (Perdix perdix)


Je vous connais très bien, car déjà tout enfant,
Vous étiez dans les champs du début du printemps
À la fin de l'hiver à nous faire l'honneur
De vos visites fréquentes, du matin de bonne heure
Jusqu'aux vêpres sonnées et quelquefois plus tard,
Puisque de notre espèce, vous vouliez tout savoir.

Combien y avait-il de nos mâles à chanter
Quand arrivait la mars et même dès février ?
Combien y avait-il de poules énamourées ?
Combien restait-il de bourdons surnuméraires ?
Ils n'ont pas eu de chance, restent célibataires,
Mais vont tenter quand même, longtemps, de s'apparier.
Cela même après que nous soyons épousés,
Ayons déjà pondu une douzaine d'œufs
Dans une coupe sommaire soigneusement cachée,
Le plus souvent dans l'herbe à la faveur d'un creux,
Au pied d'une haie, dans une friche à l'écart
Ou dans les blés en herbe quand on les fait plus tard.

Quand on les fait trop tôt, on les fait dans les foins,
Car ce sont des cultures qui nous cachent avec soin.
Mais il arrive souvent qu'on y perde la vie...
Les paysans les coupent, sans prendre notre avis,
De plus en plus tôt, sans nous laisser tout le temps
D'éclore nos œufs et d'emmener nos enfants
Lesquels au début sont élevés aux insectes,
Surtout des fourmis dont tous raffolent, se délectent ;
Plutôt celles qui sont rouges et font des fourmilières,
Débordantes d'œufs, de larves, bien cachés sous la terre
Qu'on gratte comme des poules soulevant la poussière.
Mais les noires ou les rousses feront aussi l'affaire.

Tant qu'ils seront petits, ils passeront la nuit,
Pour moitié sous mes plumes, l'autre sous mon mari
Qui ne nous quitte guère et surveille alentour
Que des bêtes féroces ne rôdent pas autour.

Mais au bout de quinze jours, nos pouillots volent bien.
Votre chienne les ratait, car qu'ils ne sentaient rien.
À peine au bout d'un mois, ce seront des perdreaux,
Encore mal emplumés, des traces de duvet.
Depuis longtemps déjà, ils mangent surtout des graines.
Au milieu de l'été, tout partout elles traînent
Tout au long des chemins, dans les écots de blé.
Les feuilles des betteraves nous fourniront de l'eau.

Nous préférons manger le matin de bonne heure
Ou bien plus tard le soir... Je pense qu'on ne sait pas
Que nous aimons la nuit, la lumière de la lune
Quand brille la rosée, quand la terre se parfume
Des fragrances d'humus et autres sécrétats
Que libèrent les microbes inventés par Pasteur.

Les premiers jours d'automne sont terribles pour nous.
Le chasseur nous pourchasse avec son chien d'arrêt
Qui vient jusqu'à nos becs avec son bout du nez,
Nous souffle son haleine qui pue comme l'égout
Et qu'à nous envoler, attendra patiemment.
Sitôt qu'on le fait dans un grand vrombissement,
L'une des nôtres dans une gerbe de plumes,
Explose en plein vol. Elle manquera sûrement,
Puisque la compagnie comptera un manquant.
Mais nous apprenons vite et vite on nous enfume,
Car dès qu'on nous approche, nous piétons en courant.
Nous nous envolons toutes, hors de portée des plombs,
Bien vaines à retrouver, car nous nous égaillons

Avec la chasse seule, on aurait la santé.
Mais avec les maïs et les plantes sarclées,
À coup de pesticides, nous fûmes empoisonnées.
Les herbes qu'on ensile ne sont plus des abris
Dans lesquels on se cache et l'on cache nos nids.
Petit à petit, nous avons toutes disparu,
Puisqu'en bien des endroits, on ne nous y voit plus…

Mais les boutons, un jour, vous les aurez au cul !

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